Identification du 17ème Karmapa Trinley Thayé DorjeLa reconnaissance du Karmapa Thayé Dorje - récit de ShamarpaAprès le " coup " de SitoupaShamarpa décide de faire venir lenfant en IndeLa reconnaissance du Karmapa Thayé Dorje récit de Shamarpa Des années plus tard, en 1996 lors de la "Conférence Internationale Karma Kagyu" au KIBI à New Delhi, Shamar Rinpoché révéla les événements qui avaient mené à la découverte et à l'identification du 17ème Karmapa. La question était sur toutes les lèvres. Comment le jeune Karmapa, vivant anonymement dans un Tibet occupé, a-t-il pu être retrouvé par son disciple senior ? Après tout, Shamarpa, résidant à des milliers de kilomètres de là, au nord de l'Inde, avait peu d'accès et aucune influence au Tibet. A la différence de Sitou Rinpoché, il ne s'entendait pas avec les Chinois, les maîtres de Lhassa. Les instructions authentiques du Karmapa sur son futur retour, à supposer qu'elles aient existé, n'étaient pas non plus à la disposition du régent senior. La réponse de Shamarpa nous ramène aux années turbulentes qui ont suivi la mort du 16ème Karmapa, en 1981. Pendant cette période instable, le processus d'identification du futur Karmapa, une tâche exclusivement spirituelle, était devenue accessoire au profit de gains mondains. Un certain nombre de lamas avaient choisi l'argent et le pouvoir. Obligé alors de fonctionner dans un environnement biaisé, tourné vers le temporel, et probablement convaincu que Sitoupa, poursuivait son programme aux dépens des intérêts du Karmapa, Shamar Rinpoché décida de lutter seul. Son récit à la conférence du KIBi en 1996, révéla à quel point les frictions étaient apparues au sommet de la lignée bien avant les heurts en 1992, et fournit une meilleure compréhension de la façon complexe dont la 17ème incarnation avait décidé de se manifester. Chobkye Tri Rinpoché contacte ShamarpaEn 1986, en restant à Delhi pour surveiller la construction de KIBI, Shamarpa reçut un visiteur inattendu. Chobgye Tri Rinpoché, grand lama Sakya très qualifié, tenu en grande estime par le 16ème Karmapa, avait un message urgent à transmettre au régent senior des Kagyu. "Juste avant le décès du défunt Karmapa, j'ai eu un rêve," commença-t-il énigmatiquement. "Sa Sainteté marchait autour d'un stupa portant ses robes du Dharma habituelles. Il semblait être triste. Dans mon rêve, j'ai aussi été très triste et j'ai pleuré. Rapidement après mon rêve, Karmapa est mort. Très récemment, juste quelques jours avant d'arriver ici, j'ai eu un autre rêve. Cette fois, Sa Sainteté était vêtue d'une robe jaune, tandis qu'il marchait de nouveau autour d'un stupa. La couleur de son vêtement de cérémonie était radiante et son humeur était gaie. Ce même jour, à midi, un parent qui était arrivé de Lhassa est venu me rendre visite. Il m'a apporté une photographie d'un jeune enfant qui était bien connu dans le secteur où mon parent venait. Les gens de ce lieu savaient que l'enfant avait plusieurs fois dit qu'il était Karmapa." Quand il entendit cela, Chobgye Tri Rinpoché estima qu'il devait communiquer ces nouvelles à Shamarpa. Aussi, écourtant une visite à son monastère, il s'est rendu sans retard à Delhi. "Vous ne devez pas prendre de décision sur la base de ce que je vous ai dit," conclut Chobgye Rinpoché gravement. "Votre jugement doit être basé sur les instructions laissées par le défunt Karmapa, aussi bien que sur les visions et les expériences des maîtres qualifiés de la lignée." L'enfant sur la photographie semblait très jeune. Shamarpa estima qu'il avait à peine trois ans. Impressionné par ce qu'il venait d'entendre, le régent Kagyu décida vraisemblablement de tenir l'information secrète, puisqu'il évita d'en parler à ses trois pairs. Il devait maintenant entreprendre une enquête complémentaire. Lopeun Tsechou Rinpoché recueille des informationsUne occasion se présenta début 1987, lorsque Lopeun Tsechou Rinpoché, représentant "l'Association bouddhiste du Népal", partit en mission à Lhassa. Shamarpa lui demanda de s'approcher discrètement de l'enfant en s'assurant que personne ne découvre le but réel de sa mission. La famille de l'enfant vivait en ce temps-là dans la zone du Barkhor de Lhassa (le vieux quartier tibétain, autour du Jokhang, à Lhassa). Son père était Mipham Rinpoché, un maître Nyingma bien connu. Lopeun Tsechou Rinpoché revint au Népal avec beaucoup d'informations. Il avait appris les noms des parents, leur histoire, les dates et lieux de naissance de leurs deux fils. Tsechou Rinpoché découvrit également que le père était en possession d'une grande quantité d'objets religieux et de lettres qui avaient appartenu au précédent Mipham. Une de ces lettres a retenu l'attention de Lopeun Tsechou. Le document déclarait que dans son incarnation suivante, Mipham engendrerait un fils en relation avec le nom de Rigpai Yeshe Dorje. Shamarpa fit immédiatement le rapprochement entre "Rigpai Dorje" et le propre nom du défunt Karmapa, Ranjung Rigpai Dorje. L'indice était très encourageant. Un autre émissaire à LhassaPour obtenir de nouveaux détails, Shamarpa envoya un autre émissaire au Tibet. Cette seconde personne revint avec des nouvelles encore plus intéressantes. Un des récits, interpella particulièrement le régent Kagyu. Un jour, le jeune enfant alla au temple du Jokhang de Lhassa, accompagné par un ami de son père. Tandis que les deux marchaient autour du bâtiment, ils remarquèrent une grande foule qui s'était réunie à l'entrée. Au centre du groupe, ils virent un lama corpulent appliquer de la peinture d'or sur le visage d'une statue de bouddha. Quand l'enfant vit le lama, il monta vers lui et lui demanda : "me reconnaissez-vous ?" Le lama répondit : "Non". Plus tard, l'ami du père raconta l'incident aux parents. Curieux, ils décidèrent de parler au lama. Après renseignement, ils découvrirent qu'il sagissait de Gyaltsab Rinpoché. Cependant, comme ils se préparaient à rencontrer cet éminent Rinpoché, leur fils les a arrêtés. "Je ne veux pas le voir parce qu'il ne me reconnaît pas", l'enfant a hurlé et a refusé de voir le lama. Le mystérieux disciple du 16ème Karmapa apparaîtSelon le témoignage de Shamarpa à la "Conférence Kagyu", à cette époque un disciple du 16ème Karmapa, une personne très respectée, s'est approché du Régent senior avec une révélation importante. Cette personne de grande renommée a affirmé être en possession des instructions du Karmapa, indiquant la nouvelle incarnation de Sa Sainteté. Il affirmait avoir obtenu l'information directement de Karmapa, mais, par ordre de son maître, était dans l'impossibilité de la révéler pour le moment. Plus Shamarpa recevait des signes sur la renaissance du Karmapa, moins il semblait enclin à partager ces informations avec les trois autres rinpochés. Il était présent aux quelques réunions sans suite que les quatre avaient tenu à Delhi, mais ne révéla rien de précis aux rinpochés. Sa confiance envers ses pairs devait être au plus bas, à cette époque. Le dernier émissaire à Lhassa est découvertPoursuivant secrètement son enquête, Shamar Rinpoché décida d'envoyer un troisième enquêteur à Lhassa. Le père de l'enfant, lama connu, était dans une position spéciale. On lui demandait fréquemment d'aider les gens dans des questions spirituelles ou temporelles. La famille tenait sa porte ouverte, quelqu'un pouvait alors passer pour demander une bénédiction ou un conseil au lama. Shamarpa indiqua à son représentant d'entrer en contact avec la famille prétextant de chercher des conseils en affaires. L'émissaire devait ensuite retourner quotidiennement avec le but caché d'observer l'enfant. Cependant, le plan clandestin, n'a pas tout à fait fonctionné comme prévu. À peine l'envoyé de Shamarpa est-il entré dans la maison qu'il jugea prudent de se retirer avec hâte. Un jeune garçon au teint clair l'avait rencontré à l'intérieur et avait calmement déclaré : "Vous êtes venu pour me chercher." C'était assez. L'homme est resté quelques jours de plus à Lhassa, puis est promptement retourné au Népal. Mais l'histoire qu'il ramenait était une nouvelle preuve des qualités exceptionnelles de l'enfant. La recherche prenait forme. Shamarpa décide de faire une retraite de méditationPour parvenir à une décision sur lidentité de l'enfant, Shamarpa décida de faire une retraite de méditation en juillet 1988. C'est une méthode traditionnellement employée par les lamas pour vérifier leur choix de réincarnation. En l'absence d'instructions authentiques, les seuls signes fiables peuvent être obtenus par la méditation. Au matin du septième jour de la retraite, Shamar Rinpoché eut un rêve singulier. Le 16ème Karmapa exécutait un rituel pour une personne décédée. En achevant ses prières, Karmapa déclarait, "Maintenant je peux venir à vous partout où vous voulez que je vienne." Le jour suivant, il eut un autre rêve. Cette fois, Shamarpa a vu une immense statue de Bouddha en or. Comme il commençait à jeter des grains de riz vers le Bouddha, le riz s'est métamorphosé en pluie pour tomber sur la statue. Une lumière venant d'une très grande lampe à beurre, remplie de nectar, commençait à rayonner dans toutes les directions. Shamarpa veut voir lenfant et voyage à LhassaAvec des visions si propices, le régent Kagyu acquit la conviction que l'enfant de Lhassa était la véritable réincarnation. Avec enthousiasme, il prit des mesures pour voyager au Tibet afin d'examiner secrètement l'enfant. Son plan était d'arriver dans la capitale tibétaine, déguisé en un homme d'affaires, d'entrer dans la maison de la famille sous prétexte de consulter le père et d'observer ensuite le jeune garçon. Ce plan semblait assez facile et ainsi, Shamarpa s'embarqua pour sa mission secrète, certain qu'il poserait bientôt ses yeux sur le jeune Karmapa. En fait, les seules personnes qu'il rencontra constamment pendant son séjour au Tibet, étaient des commerçants tibétains de Katmandou, en visite d'affaires à Lhassa. Le plan astucieux échoua lamentablement. N'ayant jamais été à Lhassa auparavant, Shamarpa avait imaginé que la zone du Barkhor, où la famille vivait, était un grand secteur où l'on pourrait se fondre facilement sans être reconnu. En réalité, le Barkhor s'est avéré être une zone réduite, minuscule - quelques rues étroites qui menaient au temple de Jokhang - un peu comme l'enceinte d'un petit monastère. Très déçu, le régent se rendit compte très vite qu'il ne pouvait pas se mélanger incognito avec les gens. De plus, les rues étaient remplies de marchands tibétains du Népal - certains d'entre eux étaient ses voisins à Katmandou - qui pourraient trouver au mieux étonnant, sinon fort insolite de voir le Régent senior Kagyu parcourir Lhassa en complet veston. Il y avait fort à parier que s'il passait près de la maison de la famille, il serait immédiatement reconnu. Les autorités chinoises non plus n'étaient pas dupes et avaient probablement flairé la présence de Shamar Rinpoché au Tibet, jouant le touriste dans la capitale tibétaine. Confiné à la sécurité de sa chambre d'hôtel, Shamarpa avait compris qu'il était sous surveillance. Toute tentative d'entrer dans la maison de la famille dans ces conditions, pouvait avoir des graves conséquences. Il n'y avait pas d'autre choix que d'interrompre la mission. Pour abuser la police chinoise, le régent opta pour une excursion à Namtso, un secteur touristique au nord du pays. Lorsqu'il revint à Lhassa, il prit rapidement le vol suivant pour Katmandou. Shamarpa emploie une dernière méthodeUne fois à Katmandou, Shamar Rinpoché recourut à une dernière méthode pour confirmer sa présomption. Au Tibet, une personne cherchant les signes d'une réincarnation notait traditionnellement les possibilités diverses sur des papiers, roulait ensuite les morceaux de papier dans les boules de pâte et les plaçait dans un récipient. Il se rendait ensuite dans un lieu saint et méditait sur le fait que le papier avec l'indication correcte tombait en renversant le récipient. Déterminé à vérifier sa quasi-certitude d'être sur la bonne voie, le régent envoya son assistant senior, Lama Tsultrim Dawa, vers quelques places sacrées dans et autour de Katmandou avec l'instruction d'exécuter le rituel usuel. Ces lieux de pèlerinages, comme Parphing, étaient très populaires auprès des pèlerins et comme à cette époque le Népal était plongé dans des spéculations sur la véritable identité du 17ème Karmapa, Shamar Rinpoché préféra déléguer son assistant lama, plutôt que d'y aller lui-même. Le spectacle du régent Kagyu entreprenant une cérémonie pour lire l'avenir aurait pu donner naissance à encore plus de commérages incontrôlés. Deux morceaux de papier furent placés dans une urne : l'un mentionnait le fils de Mipham Rinpoché comme la réincarnation du 16ème Karmapa, l'autre déclarait qu'il ne l'était pas. Lama Tsultrim Dawa répéta le rituel quatre fois à quatre lieux différents et chaque fois le tirage indiquait le garçon comme étant le 17ème Karmapa. Aux yeux du régent, la preuve était évidente. Ayant cette preuve, Shamar Rinpoché entra en contact avec la personne qui avait affirmé être en possession des directives du défunt Karmapa. Après l'audition du rapport de Shamarpa sur cet enfant si particulier et les missions d'enquête à Lhassa, l'homme affirma qu'il n'avait aucune objection sur les résultats que Shamar tulkou avait obtenus. Mais il souligna qu'il ne pouvait pas, à ce point, révéler son information. Le moment pour le faire n'était pas encore venu. Bien qu'il ait obtenu un faisceau de preuves, Shamarpa demeura silencieux. Il ne fit même aucune illusion aux trois autres rinpochés, qu'il pensait avoir découvert la réincarnation authentique. La raison de ce secret était qu'il redoutait que ses pairs, intentionnellement ou pas, gênent l'activité de Karmapa une fois qu'il serait localisé. Shamarpa soupçonnait surtout Sitou Rinpoché, si lopportunité lui était donnée, de vouloir maintenir le jeune lama enfermé au Tibet occupé. L'alliance de Sitoupa avec les Chinois communistes était, à cette époque, un secret de Polichinelle. Autres précisions de Shamar RinpochéLe 17ème Karmapa, Trinley Thayé Dorje, naquit en 1983, dans l'année du cochon. Il est le fils aîné du 3ème Mipham Rinpoché de l'école Nyingmapa du Bouddhisme tibétain. Le père du 17ème Karmapa, la 3ème réincarnation du 1er Mipham Rinpoché, est à la tête de treize monastères Nyingmapa dans la région du Dha, au Tibet, et descend depuis plusieurs générations de docteurs et d'érudits en médecine. Sa mère Détchen Wangmo, est la fille d'une famille noble descendant du roi Guésar de Ling. Dans sa jeunesse, le 3ème Mipham Rinpoché échappa au destin qui s'abattit sur de nombreux tibétains et qui les empêcha de pouvoir pratiquer leur religion sous la domination communiste chinoise. Son maître trouva un endroit caché dans les montagnes où, depuis sa plus tendre enfance, ils purent continuellement pratiquer le Dharma. En 1982, après un assouplissement général des mesures gouvernementales concernant les restrictions des pratiques religieuses, Mipham Rinpoché se rendit à Lhassa pour prendre part à la reconstruction des institutions et aux pratiques religieuses. En raison de ses bonnes relations avec le Panchen Lama, ses activités furent particulièrement réussies. Au début des années 80, le yidam de Mipham Rinpoché (divinité personnelle du Bouddhisme Vajrayana), lui prédit que s'il prenait une épouse, il aurait plusieurs fils qui seraient de grands bodhisattvas. Le lendemain un groupe de pèlerins arrivant du Dha vinrent le voir, parmi eux se trouvait Détchen Wangmo. Il vit qu'elle était humble, douce et une pratiquante accomplie de Chakrasamvara. Lorsqu'il lui proposa le mariage, elle accepta immédiatement. En tant que mari et femme, ils s'établirent dans un appartement loué à une vieille dame dans le quartier du Barkhor de Lhassa, dans la même rue qui entoure les trois quarts du fameux temple Jokhang. Un fils issu du mariage naquit en 1983. A l'âge de deux ans et demi, le jeune garçon commençait à dire aux gens qu'il était le Karmapa. Il se trouvait que la propriétaire était une parente éloignée du précédent 16ème Karmapa, et qu'elle l'avait rencontré avant sa fuite du Tibet en 1959. Il lui avait dit : "Avant de mourir, tu me rencontreras à nouveau". En raison du comportement exceptionnel du garçon, elle fut convaincue qu'il s'agissait du Karmapa en personne. Ressentant une grande dévotion, elle mit gracieusement l'appartement à la disposition de la famille. Cependant, Mipham Rinpoché resta silencieux au sujet de son fils, espérant qu'il s'agissait de la réincarnation d'un grand maître Nyingmapa, Katog Sitou Rinpoché. Un jour, au début de l'année 1985, alors que Ngorpa Lagen, un vieil et humble lama Sakya, circumanbulait autour du Jokhang, en suivant la rue qui l'entoure, il remarqua le visage blanc et éclatant d'un petit garçon qui regardait par la fenêtre d'une maison privée. Poussé par la curiosité, il s'approcha de la fenêtre et le jeune garçon lui dit : "Ne savez-vous pas que je suis le Karmapa ?". Sans considérer l'aspect sérieux derrière ces mots simples, Ngorpa Lagen répondit alors : "Si tu es le Karmapa, alors donnes-moi une bénédiction". Le garçon étendit les bras et toucha le lama. Le lama expliqua qu'il ressentit instantanément quelque chose de comparable aux états de post-méditation, où le calme profond et une qualité d'expansion prennent le pas sur toutes formes d'émotions grossières. Quelques jours après cette bénédiction, le lama Sakya ainsi qu'un groupe de pèlerins venus de son pays d'origine, se rendirent auprès de Mipham Rinpoché afin de déterminer où leur prochain pèlerinage devrait les conduire. Il remarqua que le jeune garçon qui l'avait béni auparavant, était en train de jouer seul dans un coin. Mipham Rinpoché demanda au groupe de visiteurs, combien de familles comptaient-ils. Lorsqu'ils répondirent sept, le jeune garçon accourut de son coin et dit : "Huit !" Ils furent obligés de compter à nouveau. Lorsqu'ils réalisèrent que le garçon avait raison, le lama raconta qu'il eut la chair de poule, et qu'il fut si bouleversé et ému, qu'il put difficilement cacher sa réaction. Plus tard durant son pèlerinage, vers la fin de l'année 1985, Ngorpa Lagen se rendit à Katmandou, au Népal où il prit part à un grand rassemblement annuel de prières et de récitations dirigé par Lama Sherab Rinpoché, un disciple du précédent Karmapa. Les deux lamas furent rapidement présentés, et Ngorpa Lagen commença à raconter sa rencontre avec le jeune garçon au Barkhor. Sur ce, Lama Sherab Rinpoché et son serviteur Tcheupel Zangpo, partirent pour le monastère de Tsurphou, mais ils s'arrêtèrent d'abord à Lhassa pour rendre visite à Mipham Rinpoché. Lorsqu'ils arrivèrent, le garçon n'était pas avec son père, alors Lama Sherab Rinpoché demanda, s'il était néanmoins possible de le voir. Il arriva et s'assit calmement auprès de son père. De temps en temps, il regardait les invités et souriait avec un amusement évident. Lorsque Lama Sherab Rinpoché questionna Mipham Rinpoché à propos de sa femme, celui-ci répondit qu'elle faisait une retraite de Chakrasamvara. Lama Sherab raconta que durant le cours de la conversation, il commença à trembler sans pouvoir s'arrêter. Après leur départ, son serviteur lui dit immédiatement que quelque chose d'étrange lui était arrivé durant la conversation, et c'était exactement ce que Lama Sherab avait lui-même ressenti. Cette histoire me fut d'abord raconté en 1987 par Lama Sherab Rinpoché, et les circonstances correspondaient avec ce que l'on m'avait rapporté de Lhassa auparavant. En 1986, Chobgye Tri Rinpoché m'avait alerté à propos du fils de Mipham Rinpoché et m'avait montré une photo du jeune garçon. Je fis ensuite les recherches relatées plus haut. Shamarpa demande de réciter les prières de longue vie pour le 17ème KarmapaEn dépit de ma conviction personnelle, le temps de faire une déclaration officielle n'était pas venu. Cependant, au début de l'année 1991, lors de l'inauguration du monastère de Karma Kagyu construit par Shangpa Rinpoché à Pokhara, à laquelle assistait Dhazang Rinpoché, Shangpa Rinpoché, des centaines de lamas, ainsi que plus de quatre mille Tibétains, j'annonçais que le Tibet serait probablement le pays de la prochaine réincarnation du Karmapa; que la prière pour le prompt retour du 16ème Karmapa devait être changée en prière de longue vie et que le nom choisi pour le 17ème Karmapa était Thayé Dordje. La conclusion que l'on pouvait à l'évidence en tirer était, que j'avais effectivement confirmé la réincarnation du 17ème Karmapa. Le nom du 17ème Karmapa est conforme aux prophétiesKarmapakshi, le 2ème Karmapa, dans son ouvrage ésotérique (Sangwai Namthar) appelé "Dugpa Tsarchod", prédit la renaissance de vingt et un Karmapa, et donna ou prédit le nom de chacune de ces renaissances. Le nom du 18ème Karmapa est Thayé Dorje. Cependant le 5ème Karmapa prédit également : "Ma lignée faiblira au moment du 16ème ou du 17ème Karmapa". Apparemment, la prédiction de Karmapakshi ne correspond pas avec la reconnaissance et le nom de Thayé Dorje que je donne au 17ème Karmapa. Toutefois cette contradiction apparente peut être facilement expliquée. En effet, tout le monde sait que la réincarnation du 14ème Karmapa ne vécut que trois ans et ne fut jamais intronisée. Ainsi de façon officielle, on ne compte pas la 15ème réincarnation comme étant le 15ème Karmapa. Donc, il s'ensuit que la 16ème réincarnation du Karmapa devient le 15ème Karmapa d'après le nombre d'intronisations. En d'autres termes, les prédictions de Karmapakshi et du 5ème Karmapa concernant l'affaiblissement de la lignée au moment de la 16ème ou de la 17ème réincarnation, font référence à la différence entre le nombre des renaissances et celui des intronisations causée par la mort prématurée de la 15ème réincarnation. La prédiction de Karmapakshi à propos du nom de Thayé Dorje donné au 18ème Karmapa s'avère correcte étant donné que le 17ème Karmapa à être intronisé, est la 18ème réincarnation. Le poème remis par Lopeun Kunjang RinpochéMon annonce à Pokhara a provoqué sans aucun doute beaucoup d'émois, mais aussi beaucoup de commentaires. Cela poussa également Lama Sherab Rinpoché à venir me voir immédiatement à Katmandou et à me montrer un poème écrit sur un morceau de papier. Une personne sainte et très âgée nommée Lopeun Kunjang Rinpoché, décédé avant 1991, avait donné ce papier à Lama Sherab Rinpoché dans la plus grande confidence en 1983. A cette époque, Lama Sherab Rinpoché rendait de nombreuses visites à Lopeun Kunjang Rinpoché, alors en retraite dans les montagnes de Rinag, au Sikkim. L'origine littéraire exacte du poème est encore incertaine. D'après Lama Sherab Gyaltsen Rinpoché, chef spirituel de la communauté tribale des Manangs au Népal, Lopeun Kunjang Rinpoché disait qu'il y a deux sources possibles. La première est le texte ancien appelé "Les trésors du yogi Zilon Lingpa" (il appartient à l'école Nyingmapa du Bouddhisme tibétain). La deuxième source possible du poème est attribuée au précédent Dudjom Rinpoché, lorsqu'il effectua une puja spéciale de Gourou Padmasambhava à Kalimpong dans les années 60. Le poème contient les quatre vers suivants : Dza yi yul du khyer na ki yi drong Dans la région de Dza (se trouve) la ville de Ki Lhamo norbu dzin pe La déesse (appelée) Norbou dzinpa (la détentrice du joyau qui exauce tous les souhaits) Ser ngal du kailash yi chuld ly En son sein, de par la nourriture du (Mont) Kailash Yong smin pe Thayé Dorje drowe pal du shar A sa complète maturité Thayé Dorje (pour) le bienfait des êtres apparaîtra. Le sens de ce poème est par lui-même largement évident. Les références du premier vers à Dza et Ki désignent les lieux de naissance du 3ème Mipham Rinpoché et de Détchen Wangmo son épouse, et mère du 17ème Karmapa. L'allusion au Mont Kailash fait référence à Détchen Wangmo qui est une pratiquante des tantras. La pratique de Chakrasamvara est sa pratique principale, et dans l'univers tantrique, le Mont Kailash est le mandala de Chakrasamvara. A la lumière de cette relation des faits, il doit être clair que l'identification et la reconnaissance que j'ai faite du 17ème Karmapa Trinley Thayé Dorje, s'est déroulée dans le respect de la tradition Karma Kagyu plusieurs fois centenaire. Ce fut une action spirituellement pure.
Semblant suivre le scénario d'un roman noir, lors de la fameuse réunion des régents en mars 1992, les plus sombres soupçons de Shamarpa devinrent réalité. La "lettre de prédiction" de Sitou Rinpoché nétait rien dautre qu'une stupide contrefaçon. Il refusa d'accepter la lettre comme sortant de la plume du Karmapa. Cependant, lui-même ne mentionna pas sa propre découverte concernant le véritable Karmapa. Au lieu de cela, il insista sur une expertise du document. La confrontation devint inévitable. Après que Sitou et Gyaltsab Rinpochés aient exécuté rapidement leur plan, avec l'approbation formelle du Dalaï-Lama et l'appui chinois pour leur choix concernant le 17ème Karmapa, Shamar tulkou resta seul et impuissant. Avec peu d'alternatives, il consulta à nouveau la personne gardant le mandat du 16ème Karmapa. Shamarpa voulait avoir la confirmation de la duplicité de la lettre de Sitoupa et comment agir, suite aux derniers incidents. Sans hésitation, l'homme déclara que "la lettre de prédiction" de Sitoupa était un faux, mais comme rien d'autre ne pouvait être fait à ce moment, il recommanda au Régent senior de laisser les autres rinpochés finir ce qu'ils avaient commencé. Ainsi, pendant les dix-huit mois suivants, le régent Kagyu attendit son heure patiemment, doutant parfois de ce quil fallait faire, mais restant toujours en contact avec ce dépositaire mystérieux, et entièrement convaincu que le garçon de Lhassa était le véritable Karmapa. Shamarpa décide de faire venir lenfant en Inde Finalement, vers la fin 1993, Shamarpa décida qu'il était temps d'agir. Ainsi, chaque jour qui s'écoulait, risquait de voir les Chinois découvrir les vraies intentions du régent et de traquer l'enfant à Lhassa. Certains Tibétains n'hésiteraient pas à prêter une main complice pour une telle opération. Avant d'agir, Shamarpa informa son confident secret qu'il projetait d'inviter l'enfant et sa famille à Delhi. Personne, bien entendu, ne saurait que ce garçon était le candidat de Shamar Rinpoché comme le 17ème Karmapa, et le régent était convaincu qu'il était possible de faire sortir légalement le garçon de la Chine. Une fois le garçon arrivé en Inde, Shamarpa pensait rendre public son choix et présenter officiellement l'enfant comme étant le Karmapa authentique. L'homme ne fit aucune objection à un tel scénario. "Vous êtes Shamar Tulkou. Je ne vois rien d'incorrect dans votre d'action" a-t-il exprimé pensivement. Cependant, il ajouta qu'il ne pouvait toujours pas révéler les instructions du Karmapa. Il insista pour faire les choses exactement comme on le lui avait demandé et le temps n'était pas venu de révéler le message qu'il avait pour mission de protéger. En attendant, au Tibet, l'horloge tournait. L'enfant et ses parents étaient récemment devenus l'objet de harcèlements officiels. Les brimades imposées n'étaient sans rapport avec le fait que Shamar Rinpoché ait son regard fixé sur le cadet de la famille. Mais le régent savait très bien que c'était seulement une question de mois, peut-être même de semaines, avant que les Chinois ne fassent le lien entre la réputation croissante du garçon dans sa communauté et la recherche clandestine du régent Kagyu à Lhassa. Ainsi, en janvier 1994, le jeune garçon et ses parents demandèrent la permission de visiter Katmandou et recevant leurs passeports, ils partirent immédiatement par voie terrestre au Népal, en toute légalité. Les communistes n'avaient pas compris qu'ils avaient permis au 17ème Karmapa de s'échapper du Tibet. Il était trop tard. Le clan Mipham traversa légalement le filet serré qui entourait leur pays et arriva, sans être inquiété, d'abord au Népal et plus tard à Delhi. Ainsi, en janvier 1994, le jeune Karmapa arriva à Delhi. Son nom de famille était Tenzin Khyentse. Pour le moment, seule une poignée d'initiés étaient au courant. Personne au KIBI ne soupçonna que l'on accueillait le chef de la lignée dans un lieu secret de la capitale indienne. Shamar Rinpoché voulait attendre quelques semaines avant de le présenter officiellement. Évidemment, les dangers étaient toujours énormes. Il était difficile de prévoir comment la Chine et le parti de Sitoupa réagiraient à cette action, mais on pouvait s'attendre à une confrontation, peut-être même une attaque violente au KIBI. La présentation officielle de Karmapa au KIBI fut prévue pour la mi-mars. Le 27 janvier 1994, un message urgent arriva du KIBI. Shamar Rinpoché avait proclamé à New Delhi que l'on avait découvert la 17ème incarnation du Karmapa. Sa déclaration laconique n'a laissé aucun doute : "J'annonce par la présente, que la réincarnation authentique du 16ème Karmapa, Ranjung Rigpai Dorje, a été trouvée. S.S. le 17ème Karmapa est actuellement en Inde. Les détails, quant aux procédures traditionnelles pour son installation, seront publiés dans un proche avenir". Le fait était maintenant public. Il annonça également que Sa Sainteté serait présente lors de cérémonies publiques à Delhi en mars. La résidence du jeune tulkou devait toujours être tenue confidentielle. Shamar Rinpoché avait seulement divulgué que le garçon était en Inde. On n'imaginait pas qu'en réalité l'enfant se trouvait dans une villa confortable à New Delhi. La réaction de Sitoupa était attendue. Ses supporters digéraient probablement la nouvelle, ils avaient désormais un challenger à leur tulkou. Pire encore, ils pouvaient craindre que le candidat de Shamarpa puisse se révéler plus capable que le leur. Il était difficile de prévoir ce que la Chine elle-même envisageait. Les communistes avaient peu de latitudes légales pour déranger le jeune Karmapa en Inde. Après tout, ils avaient, par ignorance, laissé légalement la famille entière sortir du Tibet. De plus, le Gouvernement indien ne répondrait probablement pas à une éventuelle plainte chinoise accusant Delhi d'accueillir, contre les vux de Pékin, un candidat Karmapa citoyen chinois. Les deux pays étaient ennemis jurés et le Gouvernement indien sauterait sans doute sur l'occasion de ridiculiser son rival. Mais Shamar Rinpoché ne se faisait aucune illusion : la Chine, si nécessaire, utiliserait d'autres moyens moins légaux qu'une protestation officielle, d'où le scénario archi-secret. Une première réponse à l'annonce de Shamarpa eut lieu. Dans une lettre formelle adressée au Dalaï-Lama, des représentants de divers monastères Kagyu en Inde et au Népal déclarèrent qu'ils n'étaient pas d'accord avec la décision illégale de Shamarpa. Ils soulignèrent qu'il ne pouvait y avoir qu'un seul Karmapa et rappelèrent au Dalaï-Lama son approbation concernant Orgyen Trinley. Karmapa n'a jamais eu besoin de l'autorisation de quiconque pour se manifester dans le monde. Il n'a pas certainement jamais demandé des votes de lamas, quelle que soit leur renommée. "Il exprimera les qualités uniques de Karmapa indépendamment de ce que d'autres pensent."
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