1959 : Le Karmapa s'exile en Inde et s'installe à RumtekL'invasion chinoise du TibetLe Karmapa choisit Rumtek pour établir son monastère
Les souhaits du Karmapa
L'invasion chinoise du TibetEn octobre 1949, la République Populaire de Chine est proclamée. Immédiatement, Radio-Pékin affirme l'appartenance du Tibet à la Chine et annonce que "L'armée populaire de libération a reçu l'ordre de libérer le Tibet de l'impérialisme étranger". Le 7 octobre 1950, les troupes chinoises pénètrent au Tibet oriental. Le Dalaï Lama, qui n'a alors que seize ans, prend le pouvoir au Tibet le 17 novembre 1950. La petite armée tibétaine est vite mise en déroute et en 1951, Lhassa envoie une délégation tibétaine pour négocier à Pékin. Les choses se compliquent d'années en années pour le Tibet et les Khampas se révoltent en 1956. Les représailles sont terribles, des monastères sont détruits et des moines tués. En 1958, la résistance unit ses forces sous le nom de "Tchouchi kangdrouk" "Quatre rivières et six montagnes". Les évènements s'aggravent encore dans la capitale et le 17 mars 1959, le Dalaï Lama prend la direction de l'exil en grand secret, bientôt suivi par plus de cent mille Tibétains.
Le Karmapa choisit Rumtek pour établir son monastèreRumtek au temps du 16ème KarmapaInterview de Lama Jigmé Rinpoché sur Rumtek à Dhagpo Kagyu Ling, Dordogne, France, le 2 février 2000 Question : Comment le Karmapa est arrivé à Rumtek Lama Jigmé Rinpoché : C'était juste après le Nouvel An tibétain, au début de l'année, que Sa Sainteté a décidé de quitter Tsurphou et de fuir le Tibet par la frontière du Bhoutan. La décision a été prise très rapidement, mais nous pouvions imaginer que tout cela avait été mis au point longtemps avant et tenu secret. Le départ du monastère de Tsurphou se passa très tôt, vers une ou deux heures du matin. Entourant le Karmapa, il y avait une centaine des personnes, lamas et relations proches. Nous avons voyagé à cheval et à pied. Nous voyagions dans des conditions normales, durant la journée et en nous reposant en soirée. Dans chaque village, beaucoup de gens venaient pour recevoir des bénédictions de Sa Sainteté qui a aussi donné des ordinations. Nous avons traversé la frontière du Tibet au Bhoutan, mais Sa Sainteté n'a pas voulu rester là à cause du manque de sécurité. Après être resté quelques semaines dans ce pays, le gouvernement du Bhoutan a envoyé le Karmapa directement en Inde. Une partie du groupe, quelques très vieux lamas, est restée au Bhoutan pour se reposer, le reste a suivi Sa Sainteté. Le gouvernement indien sapprêtait à l'inviter à Dharamsala. En ce temps-là, le Sikkim était indépendant et le roi de ce pays a immédiatement envoyé des émissaires pour saluer le Karmapa et l'inviter à venir au Sikkim. Le roi a offert au Karmapa de choisir entre plusieurs lieux qu'il était prêt à lui donner, pour qu'il puisse rester dans le pays. Sa Sainteté a choisi Rumtek. C'était un vieux monastère construit par les disciples du neuvième Karmapa, lui-même n'y étant jamais allé. Le Karmapa et quelques lamas sétablirent dans le petit monastère qui était vieux et très modeste. Le reste des personnes construisirent des huttes et petites maisons tout autour du lieu. Cela se passa en 1959. Question : Pourquoi un nouveau monastère a-t-il été construit à Rumtek ? Lama Jigmé Rinpoché : Le roi a donné du terrain au Karmapa, pour l'aider à établir son activité. L'ancien monastère qui était sur cette terre appartenait à des personnes laïques qui l'utilisaient pour leur pratique. De toute manière, cétait un lieu trop petit. En 1962 la construction d'un nouveau monastère a commencé. Ainsi, à Rumtek, il y avait deux monastères. Celui de Rumtek que nous connaissons aujourd'hui n'est pas loriginal. Il y avait quelques kilomètres qui séparent ces deux lieux. Karmapa avait décidé de reconstruire un monastère, pour sauver la culture et rééduquer tous les jeunes gens. Quand le Karmapa vivait à Rumtek, il invitait beaucoup de lamas et a restructuré les enseignements et le style d'organisation de la tradition Karma Kagyu. A l'époque, il y avait les gens comme Tobga Rinpoché, Trangu Rinpoché, Tenga Rinpoché, qui étaient de jeunes lamas et qui commencèrent alors leur formation dans ce monastère. Il y avait lamas plus vieux comme : Sangye Nyenpa Rinpoché, Trungpa Rinpoché qui ont donné des transmissions à cette même époque. Chacun avait le temps pour pratiquer et reconstruire la vie qu'il avait à Tsurphou. La présence des deux générations a permis aux plus jeunes d'apprendre. Point par point, Karmapa a organisé notre génération : au commencement il y avait quelques-uns d'entre nous comme Shamar Rinpoché, Jamgueun Rinpoché, Sitou Rinpoché et Gyaltsab Rinpoché, beaucoup dautres rinpochés et lamas furent réunis pour recevoir des enseignements. La construction du nouveau monastère de Rumtek a été terminée autour de 1965. Question : Pourquoi était-il nécessaire de rétablir la tradition Karma Kagyu en Inde ? Lama Jigmé Rinpoché : les lamas sont concentrés sur la pratique. Cela signifie que tous les yidams sont pratiqués pendant sept jours. C'était une façon très intensive de pratiquer. Chaque mois il y avait deux semaines pendant lesquelles un yidam était pratiqué par tous les moines, qui y participaient et apprenaient les pujas. Lentement, le Karmapa a créé le programme de la retraite de trois ans pour les lamas. Pendant ce temps, autour de 1961, les moines ont reçu des transmissions importantes, loungs et des initiations de la tradition Karma Kagyu. Les constructions ayant été terminées, la vie avait la même qualité alors quà Tsurphou. Il y avait environ deux cents moines. Des laïcs vivaient autour et dans un village en bas dans la vallée. Il y avait de plus en plus de jeunes gens qui venaient pour être instruits. Sa Sainteté avait apporté de nombreux objets de pratique de Tsurphou. Rumtek devint un des principaux exemples de la tradition Karma Kagyu en Inde et dans toute lAsie. De 1959 à 1977 il n'y avait aucune communication entre le Tibet et l'Inde. Sangyé Nienpa, Dilgo Khyentsé Rinpoché et quelques autres lamas plus jeunes Tobga Rinpoché, Tenga Rinpoché, Shamar Rinpoché, Sitou Rinpoché, Gyaltsab Rinpoché, Traleg Rinpoché étaient tous autour du Karmapa en 1961. Tous les textes et les impressions étaient imprimés par xylographie à partir de blocs en bois, il existait ainsi des milliers de blocs. Environ vingt à trente personnes ont aidé à refaire tous ces blocs pendant 10 ans. Nous n'avions pas apporté du Tibet les blocs en bois ni même fait des copies des textes que nous avions au Tibet, donc nous avons dû tout refaire. Tous les textes ont été reproduits et nous avons aussi employé un éditeur à Delhi pour continuer ce travail. C'est une activité très importante parce quainsi nous avons pu réimprimer presque tous les textes. Seuls quelques-uns uns manquaient et bien que la plupart d'entre nous avions laissés tous nos textes au Tibet, rien n'avait été perdu. L'activité dans Rumtek était seulement spirituelle, et tenu complètement séparée de toute activité politique tibétaine. Il n'y avait aucune fonction politique, seulement l'activité spirituelle et la conservation de la tradition Karma Kagyu. Chacun y était engagé. Cétait un lieu très tranquille. On venait de partout pour le visiter, de l'Inde, dOccident, pour écouter les enseignements du Karmapa et aussi pour faire un pèlerinage. Les moines pratiquaient. Il est important de connaître quel genre d'activités les lamas accomplissaient chaque mois. Toutes les deux semaines il y avait des pujas appelées Dumcheu, qui signifie l'offrande de la pratique. Par exemple à la fin de l'année, pendant une semaine, la puja de Mahakala était accomplie en continue, du 22ème au 29ème jour du mois. Le premier jour, la pratique durait presque vingt heures ! Le rituel commencerait à 9h du matin et finissait à 19h pour reprendre à jusqu'à 7h le lendemain. Ils s'arrêtaient seulement quatre heures. Puis les jours suivants, ils diminuaient dune heure le temps de pratique quotidienne. Il y avait aussi les pratiques de Dorje Pamo, de Gyalwa Gyamtso, de Korlo Demcho, de Tara Blanche et Tara verte, Tcheu, de Gourou Rinpoché une année et de Vadjra Kilaya lannée suivante, ainsi que beaucoup d'autres comme : Kunrik, Mitrukpa, Kalachakra, Hevajra. Chaque année ils ajoutaient quelques pratiques supplémentaires. Au commencement, les moines et les lamas ne connaissaient pas toutes ces pratiques, alors ils avaient plus de temps pour apprendre et mettre en pratique les enseignements des tantras quils recevaient. Question : Pourquoi est-il aussi important de pratiquer ? Lama Jigmé Rinpoché : Il est important de pratiquer pour les gens et aussi pour ne pas perdre la qualité des enseignements. Un aspect important est la préservation. En pratiquant nous sommes sûrs de ne pas perdre l'essence des enseignements. Ensuite, individuellement les gens développeront et choisiront leur propre pratique. Il est bon de pratiquer pour ses proches ainsi que pour tous les êtres. L'aspect principal est justement cette voie de la pratique et il est important quelle ne disparaisse pas. C'est bon pour tout le monde. Quand le Karmapa a établi le sera (l'université monastique) à Rumtek, il a demandé à chaque monastère Karma Kagyu au Népal et au Bhoutan de choisir trois personnes et de les y envoyer. Ainsi, après cette formation, ils pourraient retourner dans leur propre monastère en étant capable de diriger les enseignements de manière appropriée en tant qu'enseignant. De cette façon, tous les monastères auraient des enseignants qualifiés. La formation devait durer dix à douze ans. Question : Qu'est-ce qui est arrivé après l'incinération de 16ème Karmapa ? Lama Jigmé Rinpoché : Jusqu'au décès du 16ème Karmapa en 1981, tout fonctionnait de manière parfaite. Après sa mort, les rinpochés se réunirent pour discuter sur la manière de diriger Rumtek. Durant cette réunion, où étaient également présents les Khempos (maîtres en philosophie bouddhistes) et les Oumzés (maîtres des rituels), la responsabilité de Rumtek fut divisée entre les quatre rinpochés, appelés les Régents, qui devaient s'occuper à tour de rôle du monastère durant trois ans. Karmapa soulignait toujours limportance de ces quatre rinpochés. Ces derniers étaient jeunes, eux-mêmes étudiants et n'avaient aucune responsabilité puisque les autres rinpochés plus anciens et les lamas s'occupaient de tout. Après la mort de Karmapa, bien qu'aidés par d'autres lamas, ce sont qui eux qui devaient assumer les plus grosses responsabilités. Shamar Rinpoché devait être le premier à s'occuper de Rumtek, pendant trois ans, puis c'était le tour de Sitou Rinpoché, puis de Jamgueun Rinpoché et finalement Gyaltsab Rinpoché. Cest ainsi que les choses devaient sorganiser. Shamar Rinpoché ayant fait ses trois ans, Sitou Rinpoché déclara qu'il n'avait pas le temps de s'occuper de Rumtek et demanda à Shamar Rinpoché de prendre sa place. Sitou Rinpoché avait une activité importante concernant la paix dans le monde. (Il a essayé d'obtenir le Prix Nobel.) Alors, les trois années suivantes furent assumées par Jamgueun Rinpoché. Et ainsi de suite, cela a continué pendant onze ans. Gyaltsab Rinpoché a assumé la charge deux ou trois ans. Mais progressivement, les choses ont commencé à changer. En tant que responsables de Rumtek, les rinpochés devaient vérifier que tout aille bien, ils devaient trouver de l'argent pour faire vivre les moines. Après la mort de Karmapa, ils avaient à construire un shedra (luniversité monastique) qui était un des souhaits importants du Karmapa. Il y avait presque 700 personnes vivant alors à Rumtek.
Les souhaits du KarmapaAvant sa mort en automne 1981, le 16ème Karmapa exprima fermement le souhait que trois projets vitaux soient accomplis : - Linstitut Nalanda pour les Hautes Etudes Bouddhistes à Rumtek le Shédra - Le Centre Dharma Chakra à New Delhi le KIBI - limpression de 500 exemplaires du Tengyour, la collection complète des commentaires des enseignements du Bouddha. l'Institut Karma Shri NalandaVoici quelques extraits d'une lettre rédigée par Jamgueun Kongtrul Rinpoché, datée du 23 juin 1983. Le rêve de Sa Sainteté Longtemps avant son départ du Tibet, Sa Sainteté le 16ème Gyalwa Karmapa chérissait le projet d'établir un Institut afin de promouvoir l'étude approfondie du bouddhisme. Lorsqu'il demeurait au Tibet, Sa Sainteté eut un rêve prémonitoire selon lequel, s'il établissait un tel Institut, treize incarnations d'un grand maître Indien du 9ème siècle, Bimalamitra, seraient parmi les étudiants. Bimalamitra, érudit et Mahasiddha, fut un des pionniers de l'établissement du bouddhisme au Tibet. En 1980, Sa Sainteté inaugura la construction de l'Institut Karma Shri Nalanda pour létude avancée du bouddhisme à son siège principal, le centre Dharma Chakra, monastère de Rumtek, Sikkim, Inde. Sa Sainteté donnait une grande importance à l'établissement de ce nouvel institut et l'un de ses derniers souhaits fut que celui-ci devienne rapidement fonctionnel. Le 18 novembre 1981 ("Lha-Bab Duchen"), en concordance avec le plan original de Sa Sainteté, l'Institut fut officiellement ouvert aux études. Le but de lInstitut L'Institut a été fondé afin de préserver et de propager les nobles enseignements du Bouddha, et plus particulièrement la tradition Kagyu du bouddhisme mahayana, afin que le nectar du Dharma puisse atteindre tous et chacun. Ainsi, ayant pris en considération les besoins immédiats, nous avons inclus tous les sujets afférents ces études - les principaux étant les Soutras et Tantras - ainsi que l'étude de la langue anglaise. Graduellement, l'étude du Sanscrit et de l'Hindi s'y ajouteront. Nous devons donc créer des conditions et un environnement propice, afin d'offrir aux étudiants prometteurs des conditions correctes de travail leur permettant de suivre une formation intensive sur les dits sujets. En parallèle à ces études, ils seront guidés dans leur démarche méditative afin d'acquérir la maîtrise nécessaire leur permettant d'orienter intelligemment les pratiquants du Dharma dans les dédales de la théorie et des pratiques des enseignements bouddhistes. Par le biais des études linguistiques, ils seront en mesure de dialoguer et d'enseigner directement en anglais. L'Institut Nalanda en 1983 Sa Sainteté, reconnaissant la difficulté du nombre insuffisant de lamas et dassistants qualifiés et versés dans le Dharma, prit la décision denvoyer les diplômés de lInstitut dans les centres du monde entier, en tant quautorités et guides spirituels résidents. Sa Sainteté désirait rassembler 500 étudiants, ou au minimum 108, issus de tous les monastères Kagyu de lInde, du Népal et du Bhoutan. Il envisagea leurs études ici et leur participation à la grande tâche de porter la bannière de la "Lignée dAccomplissement" aux quatre coins de la Terre pour le plus grand bien de tous les êtres. Ayant commencé avec 55 étudiants, selon le vu de Sa Sainteté, linstitut en comprend aujourdhui 78. De nouvelles demandes dinscription arrivent continuellement. Ces moines étudiants, parmi lesquels on compte onze tulkous sont âgés de 13 à 35 ans. Ils sont venus de la tradition Kagyu et de plusieurs autres traditions afin détudier la philosophie bouddhiste, la littérature tibétaine, lart du débat oratoire et langlais. Ils ont déjà étudié un grand nombre de textes et suivent quotidiennement un rigoureux programme détude débutant dès 4 heures du matin et se terminant à 22 heures. Cette lettre rédigée par Jamgueun Kongtrul Rinpoché, se poursuit sous forme dune demande daide de la part de tous les centres.
Les activités du monastère de Rumtek avant 92Par Khenpo Choedrak Rinpoché. Extrait de la conférence Kagyu de Delhi en 96 Le Shedra (luniversité monastique) D'abord je voudrais expliquer comment le Shedra a fonctionné. Je parle de ma propre expérience étant donné que j'ai travaillé au Shedra pendant douze ans. En 1978, Sa Sainteté a établi une école appelée "Karma Jamyang Khang" qui offre aux étudiants un programme d'étude de trois ans. Les étudiants dans chaque niveau avaient trois classes par jour. Puis, en 1981, après le décès du 16ème Karmapa, on s'engagea dans la construction de l'Institut des hautes études bouddhistes Karma Shri Nalanda, à Rumtek. Le programme comprenait neuf ans d'études du Sutrayana des enseignements du Bouddha. Il y avait deux ans supplémentaires pour létude du Vajrayana, dans les tantras bouddhistes. Les classes avaient lieu six jours par semaine, avec seulement un jour de congé. Le programme de cours de l'institut commençait à 4h00 et continuait jusquenviron 22h00. Le programme quotidien était le suivant : - 4h-5h est les étudiants effectuaient les récitations de groupe ensemble. - 5h-6h nettoyage du temple et des chambres. - 6h-7h.30 cours. - 7h.30 petit déjeuner - 8h.30-11h.30 cours, - 11h.30 déjeuner. - 13h.30-16h00. cours - 16h00 pause thé. - 17h-18h cours. - 18h00 dîner. - Après que le dîner puja de Mahakala, suivie par tous. - Après le Mahakala puja, il y avait encore une autre classe pour des débats qui duraient parfois jusqu'à 22h00 ou même 22h.30. C'était le programme quotidien du Shedra. Il y a vingt-huit diplômés qui ont achevé ces neuf ans d'études. Certains d'entre eux détiennent maintenant eux-mêmes les positions de responsabilité et enseignent en Inde ou à l'étranger. Les études à l'Institut de Nalanda se sont concentrées principalement sur les fameux huit grands traités, une tradition qui remonte au 8ème Karmapa, Mikyeu Dorje. Ces études comprennent les sujets suivants : 1) Madhyamaka, 2) Prajnaparamita, 3) Vinaya, 4) Abhidharma (Abhidharmakosha), 5) la Théorie de bouddhiste de Perception, 6) un texte appelé "la Profonde Signification Intérieure ", "Sab Mo Nang Deun" en tibétain, 7) le Hevajra-Tantra et 8) le Mahayana Uttara-Tantra-Shastra. Les études de base ont couvert ces huit domaines. Pendant toutes ces années, jusqu'à 1992, l'Institut de Nalanda a très bien fonctionné. Chaque année nos étudiants allaient pendant six semaines dans les trois principaux instituts d'étude Gelugpa, Sera, Drepung et Ganden, pour débattre et échanger les points de vues. L'Institut Nalanda à Rumtek avait une très bonne réputation comme un centre des hautes études bouddhistes. Les enseignements de Bouddha comprennent deux aspects : étude et réalisation. Le grand Maître bouddhiste Vasubandhu, par exemple, disait que les enseignements du Bouddha comprennent l'étude et la réalisation et rien d'autre. Pour ceci on a besoin de connaissances qui sont fournies dans ce genre dinstituts détude. Aujourdhui, l'Institut de Nalanda à Rumtek a été complètement détruit. Le centre de retraite de trois ans Quant à la possibilité de pratiquer la méditation, Rumtek avait un centre de retraite de trois ans appelées "Samten Yi Wang Ling". Il a fonctionné parfaitement bien jusqu'à 1992. Il a été établi du vivant de Sa Sainteté le 16ème Karmapa. Chaque groupe comprenait seize ou dix-sept moines. Après l'achèvement de la retraite, ces pratiquants sont allés à l'étranger pour enseigner. Le programme de retraite était strict ; les pratiquants ont accompli le programme entier de pratique de la méditation et des récitations. Il ne sagissait pas non plus dune partie de plaisir. La journée du pratiquant commençait à 3h00 et finissait à 23h00, avec une pause de midi à 1h 30. La journée était entièrement consacrée à la pratique de méditation. Ils débutaient par les pratiques préliminaires, suivis par la pratique complète de Dorje Pamo : par les aspects extérieurs, intérieur et secret de cette méditation. Après venait la pratique des Yidams Khorlo Demchog et Gyalwa Gyamtso. Pendant ces trois ans, les lamas appliquaient successivement les deux aspects de la pratique habituelle dans notre tradition : "le Chemin de Libération" dans lequel on se concentre directement sur le Mahamudra et "le Chemin des Méthodes" qui incorpore les six pratiques de Naropa. En somme le centre de retraite a très bien fonctionné jusqu'en 1992, et a été ensuite fermé. Personne ne pratique désormais là-bas. Allez voir à quoi il ressemble maintenant ! Il ressemble au nid d'un oiseau vide.
Le KIBI (Karmapa International Buddhist Institute)Le KIBI (Karmapa International Buddhist Institute) est une université détudes bouddhistes, établi à New Delhi (Inde). Il propose un cursus complet sur 4 années, depuis les bases du dharma jusquaux niveaux avancés, conçu pour fournir aux disciples intéressés l'éducation traditionnelle d'une université monastique. Le programme d'étude a été adapté aux besoins des pratiquants internationaux. Les cours de philosophie traditionnelle, enseignés par des moines compétents et des lamas, sont traduits en anglais. Des sessions particulières de mise à niveau d'anglais sont prévues pour ceux qui ont des difficultés avec cette langue. Des classes de la langue tibétaine sont également assurées. Elles proposent un cursus complet comprenant aussi bien le tibétain parlé que la langue scripturale du dharma. L'Institut offre l'avantage de pouvoir étudier de façon sérieuse et en même temps, aborder le bouddhisme vivant. En effet, tous les instructeurs sont des pratiquants bouddhistes. Le maître principal est Khenpo Chodrak Tenpel Rinpoché . Né au Tibet Oriental, Khenpo Chodrak a été formé sous la direction de S.S. Karmapa à Rumtek depuis l'enfance. Du fait de ses excellents résultats, il faisait partie d'une classe avancée dans laquelle il a étudié à côté des quatre Régents. Il a ainsi reçu les mêmes enseignements et initiations que ces hauts lamas, y compris des instructions du Karmapa. Il a aussi largement pratiqué la méditation. En 1981, il a été nommé Khenpo de lInstitut de Nalanda à Rumtek et plus tard, quand le KIBI fut ouvert en automne 1990, il est devenu l'instructeur principal. Il est accompagné par deux diplômés de lInstitut de Nalanda, qui ont achevé la majeure partie de leur formation et ont obtenu le degré de "Khenpo Junior". Ils aident dans le cours de "science de la connaissance bouddhiste" (la psychologie bouddhiste) et donnent des enseignements publics deux fois par semaine sur le "Joyau l'Ornement de la Libération" "Dhagpo Targyen" de Gampopa. Ils sont aussi les instructeurs pour les classes de tibétain, dans les niveaux débutant et intermédiaire. Tobga Yugyal Rinpoché est le secrétaire général de l'Institut. Outre ses fonctions administratives et des contributions à la conception du programme d'études, il a composé les manuels employés dans les classes de langue tibétaine. Kunzig Shamar Rinpoché est le président de l'école. Bien qu'il ait dirigé le projet, lorganisation et la construction des bâtiments ainsi que le développement de cette université, le KIBI fut avant tout le projet de S.S. Karmapa. Au cours de ses voyages à l'étranger, entre 1975 et 1980, le 16ème Karmapa a rencontré beaucoup de personnes sincèrement intéressées par létude du bouddhisme, mais pour qui, le manque de temps suffisant ou les pressions familiales ou professionnelles étaient autant d'empêchements. Aussi, il estima qu'il était nécessaire de créer un environnement favorable pour l'apprentissage du Dharma en créant un lieu où lapproche authentique de la pratique de la voie bouddhiste soit adossée à un programme d'études structuré. Il décida de construire un institut d'études bouddhistes traditionnelles, accessible à toutes les nationalités, utilisant anglais comme langage commun, et prédit de grands bienfaits pour les disciples et pour la lignée toute entière. L'idée a surgi en 1976. En 1979, le Gouvernement indien fit don d'un premier financement et dun lieu de construction. Ensuite, le terrain fut alors consacré et on planta un arbre de la Bodhi dans un coin de la propriété. S.S. Karmapa était présent à la cérémonie d'inauguration, bien qu'étant déjà gravement malade à cette époque, ce qui lui occasionna dénormes difficultés pour venir. Plus tard, alors que le sous-sol du bâtiment sachevait, S.S. Karmapa décéda et la responsabilité de l'Institut tomba sur les épaules de Shamar Rinpoché, qui fit de son mieux pour accomplir les voeux du Karmapa. L'Institut, créé pour servir les besoins de disciples du monde entier, reçoit toute personne sérieusement motivée. Le programme des études est rigoureux. Les enseignements du Bouddha se classent en deux catégories : les Ecritures saintes (qui remontent au Bouddha) et les enseignements issus de la réalisation des maîtres éveillés. Pour obtenir la réalisation véritable, il faut avoir une base de connaissance des Ecritures saintes, qui permettent la compréhension non erronée des enseignements, développée dans les trois "Corbeilles" : le vinaya, l'abhidharma et les sutras. En outre, le bouddhisme n'est pas une simple tradition que lon poursuit avec une foi aveugle, pas plus quune tradition de pratique conçue pour obtenir des résultats immédiats et relatifs. Ces enseignements étant extrêmement profonds, il faut commencer en étudiant leur contenu et leur signification. L'Institut a été créé pour cette fin. Le programme d'études comprend trois sujets obligatoires : philosophie bouddhiste, psychologie bouddhiste (qui se concentre sur les théories de connaissance et les vues diverses de la nature de phénomènes), et cours en langue tibétaine.
|