Avant-propos
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Introduction à la controverse des Karmapa
Quelques données historiques
1959 : Le Karmapa s'exile en Inde
Les difficultés au temps du 16ème Karmapa
Les années 80 à 90
Les évènements de 1992
Les évènements de mai et juin 92
Campagne de propagande
Orgyen Trinley, le Karmapa de Sitou Rinpoché
Les événements de novembre et décembre 1992 à Rumtek
Informations concernant le Sikkim
Année 93 : la situation dégénère à Rumtek
Identification du 17ème Karmapa Trinley Thayé Dorje
L’année 1994
La controverse : confrontation des points de vues
Les rapports entre Shamar Rinpoché et le Dalaï-Lama
Survol des événements des années 1994 à 1999
Année 2000
Année 2001
Chronologie des événements
Bibliographie et sources d’informations
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Les rapports entre Shamar Rinpoché et le Dalaï-Lama

Divergence de points de vue sur le Karmapa entre Shamar Rinpoché et le Dalai Lama

La position de Shamarpa par rapport à OrgyenTrinley

Échange de courrier entre Shamar Rinpoché et le Bureau du Dalaï-Lama

Du Bureau du Dalaï-Lama à Shamar Rinpoché Lettre du 3 février 1997
Lettre de réponse de Shamar Rinpoché 7/02/97
Rencontre de Shamar Rinpoché avec le Dalaï-Lama à Washington, le 20 juin 2000
De Shamar Rinpoché à Tenzin Geyche Thethong

 


 

Divergence de points de vue sur le Karmapa entre Shamar Rinpoché et le Dalai Lama

Dans un article publié récemment par Bouddhisme Actualités, Shamar Rinpoché évoque sa relation avec le Dalai Lama : Après avoir témoigné son respect envers l¹homme religieux, il explique " ŠLe Dalai Lama dirige un gouvernement en exil. Il applique donc une politique. Dans ce cadre, il est avantageux pour lui de placer l¹école Kagyu sous son autorité, ce à quoi il est de mon devoir de m¹y opposer. Déjà, Sa Sainteté le 16ème Karmapa ne s¹était pas entendu avec lui sur ces questions, pour des raisons identiques. Le Karmapa lui avait alors rappelé que l¹école Kagyu avait toujours été indépendante et qu¹il ne voulait pas associer le domaine spirituel au domaine mondain de sa politique. C¹est toujours aujourd¹hui ce pourquoi nous nous opposons. Néanmoins, nous avons une appréciation mutuelle de nos positions réciproques. " Dans ses différentes déclarations à la presse, le Dalai Lama ne cache pas sa vision politique. Il ramène sans cesse l¹intérêt du peuple tibétain au centre des préoccupations. Interviewé sur Orgyen Trinley, il répond " Š Karmapa Rinpoché était parfaitement conscient de ce qui se passait dans son pays, répression religieuse, prison, tortures, destruction de l'environnement, extinction de la race par les stérilisations des femmes, introduction de drogues et de m¦urs destinées à avilir le peuple." À un autre endroit, il dit " ŠAussi, on peut dire qu'il y a une connexion évidente entre l'arrivée de Karmapa Rinpoché et la préservation de la culture tibétaine. " " En fait, la véritable raison pour laquelle Karmapa Rinpoché s'est échappé est qu'il n'y a pas de liberté au Tibet. C'est pour cela qu'il n'a pas pu y rester. " " À présent cela fait plusieurs mois qu'il est en Inde et il montre une grande détermination dans son combat pour le peuple et la religion tibétaine. " Extrait de " La légende du Karmapa " de Ann Riquier, Edition Plon. Cette utilisation politique du Karmapa est telle que les médias commencent à parler du Karmapa Orgyen Trinley comme d¹un possible successeur du Dalai Lama ce à quoi il s¹empresse de démentir. Les (rares) discours d¹Orgyen Trinley sont également étonnants pour qui a connu le 16ème Karmapa. Ses propos étaient toujours totalement étrangers à tout discours partisan. Il ne soutenait jamais la cause tibétaine par rapport à d¹autres peuples et nourrissait une grande méfiance vis-à-vis du gouvernement tibétain. Il interdisait à dans son entourage de faire de la politique et n¹hésitait pas à exclure de Rumtek ceux qui avaient dérogé à cette instruction. Rappelons d¹ailleurs qu¹elle était sa vision sur l¹avenir du Tibet. Dans son ouvrage " Le livre bouddhiste de la sagesse et de l¹amour ", l¹auteur Gilles Van Grasdorff interview le 17ème Karmapa Trinley Thayé Dorjé et rappelle les prédictions que le 16ème Karmapa avait fait à Guendun Rinpoché : " (Š) De plus, il sera très difficile pour le Tibet d'obtenir l'indépendance, et, même si cela arrivait, nous ne pourrions certainement pas y retourner. Nous resterons ici, en Inde. Viendra encore un moment où des difficultés surgiront pour les pratiquants qui n'auront plus d'endroit où vivre. (...) Au Tibet, il arrivera qu¹un jour le Dharma sera rétabli, et la population à nouveau autorisée à pratiquer, mais à un degré moindre, certainement pas comme par le passé, à l¹époque où les Tibétains pouvaient se consacrer entièrement à la pratique... Au Bhoutan, si la situation est stable maintenant, il n'est pas certain qu'il en soit toujours ainsi dans le futur... Au Sikkim, tout va très bien aussi pour le moment, mais la situation peut changer à tout instant... En ce qui concerne Rumtek, les choses ne resteront pas en l'état, malheureusement. " Cette citation montre le peu de préoccupation que le 16ème Karmapa avait pour un retour au Tibet. Cela semblait pour lui une histoire passée et son ¦uvre en Inde a montré qu¹il était totalement tourné vers l¹Inde et l¹Occident. Les souhaits qu¹il a demandé à ses disciples d¹accomplir après sa mort étaient uniquement dirigés vers ces pays. La reconstruction de Tsurphu n¹était pas pour lui une priorité. Pour lui, la seule chose qui soit importante, c¹est le Dharma, quel que soit le pays. Le Dalai Lama, en tant que chef politique, ne peut qu¹¦uvrer pour ce retour : Il s¹agit de son pays et une grosse partie des Tibétains y vivent encore. Il y a donc deux visions qui s¹opposent dans cette affaire du 17ème Karmapa : - La vision politique du Dalai Lama qui utilise l¹événement dans l¹intérêt de son peuple. - La vision spirituelle du Shamarpa qui ne cherche qu¹à retrouver son maître, chef de lignée Kagyu, pour que la transmission bouddhiste de l¹école Kagyupa continue.

La position de Shamarpa par rapport à Orgyen Trinley

Shamar Rinpoché n’a jamais combattu Orgyen Trinley, reconnu par la Chine et par le gouvernement tibétain. Il ne peut qu’accepter le fait accompli.

D’un point de vue pratique, la présence d’Orgyen Trinley au Tibet n’est pas une mauvaise chose. La Chine soutient désormais le Dharma, le monastère de Tsurphou est reconstruit et s’agrandit, la tradition Kagyu a le vent en poupe et est subventionnée par Pékin, les Tibétains ont un lama, les activités religieuses reprennent. Tout ceci profite au renouveau du Dharma. Shamarpa considère que ce Karmapa a un rôle politique, qu’il est le jouet de la Chine et d’autres groupes d’intérêts. Il ne peut empêcher cette situation qui après tout, peut être d’une certaine utilité.

En revanche, il a reconnu l’authentique Karmapa et propose à tous (à la Chine, au Dalaï-Lama, au JAC du Sikkim) de reconnaître deux Karmapa. Le Karmapa Orgyen Trinley, pour le siège de Tsurphou au Tibet, et le Karmapa Trinley Thayé Dorje, pour le siège de Rumtek au Sikkim.

L’idée de deux Karmapa ne l’a jamais dérangé car ce serait un bon moyen d’arrêter les querelles au sein de la lignée Kagyu. C’est ce qu’il propose en juin 2000 au Dalaï-Lama lors de leur entrevue à Washington.

Cette idée est irrecevable pour Sitou Rinpoché qui ne reconnaît qu’un seul Karmapa, le sien.

 

Échange de courrier entre Shamar Rinpoché et le Bureau du Dalaï-Lama

Shamar Rinpoché a rencontré le Dalaï-Lama à plusieurs reprises, en 1992 puis, notamment en 1997 et en juillet 2000. Shamar Rinpoché a confié au Dalaï-Lama qu’il ne reconnaît pas Orgyen Trinley comme l’authentique Karmapa et qu’il connaît en revanche un ancien disciple du 16ème Karmapa qui aurait des informations sur cette réincarnation. Le Dalaï-Lama l’encourage à continuer ses recherches.

Apparemment, chaque rencontre se passe de façon tout à fait cordiale entre les deux lamas. Cependant, les différents courriers rédigés par la suite par le secrétariat privé du Dalaï-Lama présentent souvent une situation déformée des termes débattus auparavant lors de l’audience. (Voir les courriers ci-dessous)

Du Bureau du Dalaï-Lama à Shamar Rinpoché

Lettre du 3 février 1997

Détenteur de la lignée Karma Kagyu.

 

"Par la présente, nous vous prions de bien vouloir trouver notre réponse aux points soulevés lors de votre réunion du 3 janvier 1997 avec S.S. le Dalaï-Lama.

Vous avez exprimé le désir que S.S. le Dalaï-Lama rencontre et donne les vœux d'ordination monastique de novice à la jeune réincarnation de S.S. le 17ème Karmapa que vous avez reconnue. Vous souhaitiez également que ses parents puissent obtenir une audience avec S.S. le Dalaï-Lama.

Vous avez affirmé que Chobgye Tri Rinpoché reconnaît lui aussi le même garçon.

Vous avez demandé au Dalaï-lama qu'Orgyen Trinley soit le Détenteur du siège du Karmapa au Tibet, au monastère de Tsurphou et que le garçon que vous avez reconnu soit le Détenteur du siège du Karmapa en Inde, au monastère de Rumtek.

Voici notre réponse :

Par le passé, vous avez informé à plusieurs reprises S.S. le Dalaï-lama que le défunt Karmapa avait laissé des instructions concernant les circonstances de sa future réincarnation. Il aurait laissé ces instructions à un bhiksu gardant une éthique très pure de la tradition monastique. Le temps venu vous deviez informer S.S. le Dalaï-Lama du contenu de ces instructions. Sa Sainteté a répondu que selon l'authenticité de ces informations, une deuxième réincarnation du Karmapa serait une possibilité. Cependant, lors de votre récente réunion, et en analysant vos dires, il nous semble que le bhiksu dont vous aviez parlé est en fait Chobgye Tri Rinpoché.

Le 18 janvier 1997, par notre représentant à New Delhi, nous vous avons remis une copie de la lettre de Chobgye Tri Rinpoché adressée à S.S. le Dalaï-Lama. En 1996, notre représentant au Népal avait contacté Chobgye Tri Rinpoché afin d'obtenir des détails sur la reconnaissance que vous aviez avancée. Dans sa lettre adressée à Sa Sainteté, Chobgye Tri Rinpoché a répondu qu'il n'avait pas fait cette reconnaissance. Cette lettre prouve donc clairement que vous ne détenez aucune source authentique. Ainsi, une deuxième réincarnation du Karmapa n'est pas envisageable.

Il ne peut y avoir qu’une seule tête aux monastères de Tsurphou et de Rumtek. S.S. le Dalaï-Lama a clairement reconnu la réincarnation du Karmapa du Tibet et il ne peut en être autrement. Lors d'une précédente réunion avec notre représentant du département des affaires religieuses et les représentants des diverses lignées religieuses tibétaines, vous avez affirmé que vous n'aviez pas l'intention de créer la discorde quant la position associée au siège traditionnel des Karmapa.

Concernant votre demande d'audience avec S.S. le Dalaï-Lama et la jeune réincarnation afin d'obtenir l'ordination monastique, nous vous avons répondu qu'il est très important de nous consulter, et de clarifier tous les détails avec Sitou, Gyaltsab Rinpochés et leurs associés. Vous aviez donné votre accord au département des affaires religieuses. Aussi, le département a envoyé le rapport de votre réunion avec S.S. le Dalaï-Lama, à vous-même ainsi qu'aux personnes impliquées dans cette affaire.

Le 29 janvier, Gyaltsab Rinpoché, Thrangu Rinpoché, un représentant de Sitou Rinpoché, deux représentants Kagyu, le trésorier de la tradition de la Coiffe Noire, le président de la petite Zung Drel Association, le président de l'Association du Sikkim Hla-De, le vice-président de l'Association Himalaya, les représentants de dix-neuf centres de huit pays, soixante-dix-neuf représentants de trente-deux monastères d'Inde et du Népal ont rendu visite aux ministres du Gouvernement tibétain en exil. Ils ont également rencontré S.S. le Dalaï-Lama le 30 janvier. Lors de cette réunion, ils ont évoqué le fait que dans l'histoire des Karmapa, et selon les prédictions, il n’y avait jusqu'à présent, et en même temps, jamais eu plusieurs incarnations, telles que des manifestations du corps, de la parole et de l'esprit. Ainsi, Sa Sainteté ne peut accorder d'audience, ni donner des vœux monastiques à votre jeune tulkou, afin d'éviter tout problème et toute discussion sans fin dans la lignée Kamtsang Kagyu. Les personnes présentes ont insisté sur le fait qu’il n'est pas possible de reconnaître le jeune garçon comme une incarnation du corps, de la parole ou de l’esprit du Karmapa, ni de lui donner audience ou les vœux monastiques. Afin d'éviter de nouveaux problèmes et en vue de la réconciliation, S.S. le Dalaï-Lama ne peut répondre à vos attentes pour l'instant. Nous vous demandons de bien vouloir garder ceci en mémoire.
Le Bureau de Sa Sainteté le Dalaï-Lama, le 3 février 1997. M. Lojin."

 

Lettre de réponse de Shamar Rinpoché

Le 7 février 1997.

Au Bureau privé du Dalaï-Lama, Dharamsala.

 

"J'ai bien reçu votre lettre en date du 3 février 1997, dans laquelle vous m'informez des décisions prises par S.S. le Dalaï-Lama concernant les sujets dont nous avions discuté le 3 janvier 1997. Ce qui avait alors été décidé, semble désormais avoir changé. En effet, votre lettre mentionne des points que nous n'avions pas évoqués lors de la réunion. Il se peut que vous ayez omis de signaler ces éléments puis, après notre entrevue vous vous en soyez subitement rappelé. Vous aurez voulu alors me communiquer ces points qui sont loin de la vérité. Voici donc ma réponse :

Chobgye Tri Rinpoché est un lama en qui j'ai confiance et que je respecte. Lorsqu'il m'a parlé en privé de la réincarnation du défunt Karmapa, j'ai considéré cette information comme la parole auspicieuse d'un saint homme. Néanmoins, il faut toujours vérifier ses sources, c'est pourquoi, grâce à mes propres recherches je suis parvenu à cette décision. J'ai suivi plusieurs pistes, jusqu'à ce qu’il n'y ait absolument plus aucun doute dans mon esprit. J’ai, en utilisant les méthodes traditionnelles, supplié les déités illuminées pour recevoir leurs indications. Je n'ai pas besoin de l'aide de Chobgye Tri Rinpoché ni d’une autre personne. S.S. le 16ème Karmapa, Rigpai Dorje, m'a reconnu comme la réincarnation de Shamar. Il m'a intronisé et établi, il y a plus de trente ans maintenant. Dans la lignée Karma Kamtsang, les Shamarpa sont l'autorité jointe à celle des Karmapa. Aussi, personne ne peut remplacer un Shamarpa dans la décision de la réincarnation authentique du Karmapa. Je n'insiste pas sur la tradition dans le but de contraindre d'autres à suivre mon choix. Il appartient au disciple Karma Kamtsang de savoir s'il désire vraiment respecter la tradition ou s'il choisit une autre approche.

Lors de notre récente réunion, nous avons juste effleuré le sujet de Chobgye Tri Rinpoché et les différentes questions s'y rapportant. En 1996, pendant la conférence Karma Kagyu à New Delhi, j'ai clairement expliqué chaque détail de notre rencontre. Les enregistrements de la conférence sont d'ailleurs disponibles partout. Je sais que Chobgye Tri Rinpoché a été en contact avec votre représentant au Népal et qu'il a écrit une lettre à S.S. le Dalaï-Lama. Il m'a aussi écrit (ci-joint, une copie de sa lettre). Les détails que j'ai révélés à la conférence Karma Kagyu il y a dix mois, sont tout à fait en accord avec la vérité. Comme vous l’avez mentionné dans votre lettre, lors de ma rencontre avec S.S. le Dalaï-Lama, je ne suis pas entré dans ces détails. Je présumais en effet que Sa Sainteté en avait pris connaissance puisque les résolutions de cette conférence sont largement diffusées. J'aurais ainsi sous-entendu que Chobgye Tri Rinpoché est la personne en possession des instructions concernant la réincarnation de S.S. le Karmapa, Rigpai Dorje. C'est ce que vous prétendez. En réalité, je n'ai pas dit un mot allant dans cette direction. Je n'ai jamais affirmé que la personne en question était un bhiksu observant une éthique très pure. J'ai seulement évoqué que cette personne était un disciple du défunt Karmapa qui le tenait en haute estime. En 1994, lorsque j’ai rencontré S.S. le Dalaï-Lama à l'hôtel Centaure près de l'aéroport de New Delhi, ce dernier m’a dit, que la fameuse personne devait être un bhiksu observant une pure éthique. J'ai immédiatement répondu que ce n'était pas le cas. De nouveau, durant notre récente réunion, S.S. le Dalaï-Lama a exposé la même chose. Comme j'ai considéré cela tout à fait sans importance, je n'ai pas du tout essayé de le corriger. Je lui présente aujourd'hui mes excuses. Cependant, votre mention de l'éthique d'un bhiksu s'applique aussi à la discipline d'un bodhisattva, de ce fait, il n'est pas nécessaire de corriger vos mots.

C’est par respect pour S.S. le Dalaï-Lama que j'ai demandé une audience avec la jeune réincarnation du défunt Karmapa. Il est connu que durant la dernière partie de sa vie, S.S. le 16ème Karmapa et S.S. le Dalaï-Lama étaient en opposition constante. Pour cesser cette tendance, j'ai tenté d'établir une meilleure connexion en demandant à S.S. le Dalaï-Lama de donner les vœux monastiques à la réincarnation que j'ai reconnue. En revanche, je n'ai jamais demandé que Sa Sainteté reconnaisse le jeune tulkou comme une incarnation du corps, de la parole ou de l’esprit du 16ème Karmapa. Je n'ai nullement besoin d’une telle reconnaissance. S.S. le Karmapa n'a pas à demander l'autorisation de renaître en ce monde. Prétendre qu'il ait besoin d'un visa pour entrer en ce monde ou dans les trois royaumes composant notre univers est ridicule. La nouvelle tendance politique de la Chine a permis les reconnaissances du Karmapa et du Panchen. A cette occasion, la politique du bureau privé du Dalaï-Lama était inadéquate. En effet, il a accepté le choix de la Chine concernant la réincarnation du Karmapa, mais il a rejeté celui de la réincarnation de Panchen et ce, pour son propre intérêt. Moi, la réincarnation de Shamar, j'ai mis fin aux tentatives visant à salir la lignée des Karmapa. J'ai voulu empêcher la politique d'empiéter le domaine de la religion, afin que non seulement l'école Kagyu du bouddhisme tibétain, mais aussi toutes les écoles basées sur une lignée de succession de maîtres réincarnés demeurent autonomes. Le bureau privé du Dalaï-Lama a exposé entre autre, que c'est uniquement sur la base d'une lettre fiable d'instructions laissées par le défunt Karmapa, qu'il réfléchirait à la manifestation de son corps, de sa parole ou de son esprit. Cela relève d’une autorité dictatoriale médiévale, et je crois comprendre que c'est ce que vous désirez. Je ne peux absolument pas l'accepter. Notre Karmapa Trinley Thayé Dorje est au-delà de tels pièges et enjeux politiques. Conformément à la prophétie du 5ème Karmapa, Deshin Shegpa, il y aura vingt et un Karmapa. La reconnaissance sous le faux-semblant d'une manifestation du corps, de la parole ou de l’esprit n'est pas nécessaire. Elle n'a jamais été exigée depuis le 1er Karmapa, Tusoum Khyenpa, alors pourquoi le deviendrait-elle à présent ?

De même, en ce qui concerne Rumtek, le Roi du Sikkim avait offert la propriété à S.S. le Gyalwa Karmapa, Rigpai Dorje. S.S. le Dalaï-Lama n'a jamais eu aucun droit d'influence sur le monastère. Aussi, le Karmapa n'a pas à demander l'autorisation de prendre possession de son siège légitime. Sitou a corrompu le précédent Premier ministre du Sikkim, M. Nar Bhadur Bhandari qui, employant l'armée locale, a pris le monastère par la force. Mais ce dernier a perdu les dernières élections. Maintenant, le cas de Rumtek est porté devant les tribunaux indiens. Ce litige est le seul problème qui empêche la jeune réincarnation de se rendre à Rumtek et non l'autorisation de S.S. le Dalaï-Lama. Nous sommes tous des réfugiés. Pourquoi demander la permission d'entrer au Sikkim à un ami réfugié ? Parce que S.S. le Dalaï-Lama n'a pas le pouvoir d'empêcher le suprême Karmapa Thayé Dorje d’occuper son trône, ni de prendre possession de son monastère à New Delhi, il n'a aussi aucune autorité sur le monastère de Rumtek. Rumtek se trouve en Inde, c'est pourquoi j’ai demandé à S.S. le Dalaï-Lama que ce genre d'action immodérée soit définitivement abandonné. J'ai pris l'engagement qu'aucune influence ne serait exercée sur le siège de Tsurphou du Karmapa Orgyen Trinley. De même, ni le gouvernement chinois, ni le Karmapa Orgyen Trinley n'ont émis une quelconque revendication sur Rumtek. Tous les monastères et institutions situés en Inde du défunt Gyalwa Karmapa, Rigpai Dorje, comme le monastère de Rumtek, l'Institut Karmapa à New Delhi font partie du "Karmapa Charitable Trust". Ainsi, si le bureau privé du Dalaï-Lama poursuit ses revendications concernant une propriété dont il n'a aucun droit, il semblerait que certaines rumeurs soient bel et bien fondées : le Gouvernement tibétain en exil serait en effet favorable à un apaisement avec le gouvernement chinois et ce, uniquement dans son propre intérêt. Il essaierait aussi de faire croire que le Sikkim fait partie du Tibet. Si tel était le cas, le Dalaï-Lama et l'ensemble de ses actions en seraient pleinement affectés.

En outre, en ce qui concerne l’obtention d'une audience avec S.S. le Dalaï-Lama pour le Gyalwa Karmapa, vous avez mentionné une demande d'autorisation à Sitou. Votre lettre est très claire. Vous avez pris la décision de pas accorder d'audience pour le moment, et cela nous satisfait entièrement car le Karmapa n'est pas encore un adulte et notre souci principal concerne son éducation. Nous avons aussi perdu notre pays et nous sommes actuellement réfugiés en Inde. Sitou et Gyaltsab ne peuvent pas se rencontrer en Inde. Le premier est interdit de séjour et le second ne peut pas quitter le pays. Ils ont tous deux transgressé les lois indiennes et c'est seulement grâce à la bonté du gouvernement indien et à la politique pacifique du pays qu’ils n'ont pas été emprisonnés à ce jour. Personnellement, je n'ai pas à demander une quelconque autorisation aux deux personnes les plus discréditées parmi les réfugiés tibétains. Je ne suis pas encore tombé aussi bas.

Notre Karmapa, le suprême Trinley Thayé Dorje, réside en Inde. Le gouvernement indien le respecte et le vénère. L'Inde est un pays important pour le Tibet et les Tibétains, car il est la source du Bouddhisme et il a donné abri et protection aux tibétains fuyant leur pays en 1959. Il a été d'une grande bonté. L'Inde et la Chine sont les deux nations les plus puissantes d'Asie et je me répète, le gouvernement indien tient le Karmapa Thayé Dorje, en haute estime. Tenter d’obtenir des circonstances plus favorables reviendrait à renoncer à un diamant pour obtenir une pierre semi-précieuse. Nous sommes parfaitement satisfaits de l'état actuel des choses, notre joie est comparable à celle du samadhi au plus haut niveau. Comme vous le savez, nous tous dépendons du gouvernement indien. En ce qui concerne notre lignée, il nous appartient à nous, de poursuivre ses objectifs. Actuellement, à part Rumtek, nous pouvons avancer qu'ils ont été atteints. J'ai, par mes efforts, protéger la propriété du monastère de Rumtek, sa terre et ses biens mobiliers. Quant aux difficultés du corps monastique, la police du Sikkim est chargée du maintien de l'ordre. Ces problèmes doivent être résolus par la justice et nous attendons simplement la décision de la cour de justice.

Selon ses responsabilités, S.S. le Dalaï-Lama a, jusqu'à présent et à maintes reprises, conseillé aux tibétains en exil d'être prêt à retourner au Tibet. De ne pas fonder leurs habitations permanentes à l'extérieur du Tibet, ni même de meubler leurs maisons. Agir pour le retour au Tibet est la responsabilité de Sa Sainteté et en aucun cas de s'occuper de Rumtek. Aussi, je demande au Dalaï-Lama qu'il n'implique pas le nom de Sa Sainteté dans cette problématique car Rumtek est un monastère situé au Sikkim et n'est pas relié au Tibet. Dans votre lettre du 3 février vous déclarez que si notre jeune réincarnation bénéficie d’une audience avec S.S. le Dalaï-Lama, les problèmes seront sans fin. Si tel est votre point de vue, pourquoi donc agissez-vous depuis le début de cette affaire comme si vous mettiez de l'huile sur le feu ? La population de Sikkim en souffre d'avantage. Quel bénéfice obtiendrait S.S. le Dalaï-Lama à perturber l'un des états indiens ? Je vous demande à l'avenir d'être plus prudent. Le feu flamboyant des manœuvres politiques allumé par Sitou et Gyaltsab, en utilisant la réincarnation du Karmapa comme prétexte, a été consumé grâce aux moyens paisibles que j'ai pu mettre en place. Les documents concernant le cours des événements, du début à la fin, le prouvent. Mais n’est-ce pas plutôt le devoir de S.S. le Dalaï-Lama, Prix Nobel de Paix, d'utiliser des moyens paisibles, bien plus pacifiques que les miens, afin d'apporter la paix et l'harmonie ? Récemment, un groupe de personnes associées à Sitou et Gyaltsab a obtenu une audience à Dharamsala avec S.S. le Dalaï-Lama. Ces personnes ont prétendu qu'elles étaient les représentants de monastères et de centres bouddhistes de nombreux pays. Nous connaissons très bien ces individus. Parce que Sitou et ses associés avaient corrompu le Premier ministre du Sikkim de l’époque, M. Nar Bhadur Bhandari, devenu alors tyrannique et dictatorial, ils ont détruit le siège de leur lama racine. C'est un acte extrêmement négatif. A l’époque, M. Kunzang Sherab qui, m'a-t-on dit, fait actuellement l’objet d’une enquête par le CBI (le Bureau Central d’Investigation), et quelques délinquants juvéniles du Bazar Lal, de Gangtok, ont distribué de la nourriture et des vêtements à un certain nombre d'individus dérangés du Sikkim. Ils ont ensuite amené ces personnes à Rumtek et organisé une réunion intitulée "International Kagyu Meeting". Lors de cette réunion, des résolutions altérant totalement la vérité ont été prises. Elles ont été ensuite soumises au Bureau de revenu des terres de Gangtok, qui ne les a pas acceptées car elles étaient illégales. Ce sont ces mêmes personnes qui ont obtenu une audience avec S.S. le Dalaï-Lama. Nous ne sommes pas des enfants, et nous sommes loin d'être impressionnés par ces gens ou par leur nombre. Même dans l'hypothèse ou 'ils seraient vraiment ce qu'ils prétendent être... Mais comme je l'ai déjà mentionné plus haut, ils demeurent associés aux deux personnes les plus discrédités de notre communauté. Ils sont les disciples de personnages sans loi. J'ai également appris que le Secrétaire général de S.S. le Karmapa faisait partie de ce groupe de personnes. Le défunt Karmapa, Rigpai Dorje, avait nommé deux Secrétaires généraux. Le plus âgé est décédé il y a plusieurs années, tandis que le plus jeune, Tragpa Yongdu, neveu de 16ème Karmapa, est toujours vivant et bien portant. Nous nous sommes renseignés auprès de l'Ambassade de Chine pour savoir si le Karmapa Orgyen Trinley avait envoyé un Secrétaire général à la résidence de S.S. le Dalaï-Lama à Dharamsala. La réponse fut négative. Ainsi, sachez que le Secrétaire général venu à la résidence de Sa Sainteté était un imposteur."

S.S. Shamarpa Chokyi Lodrö. Le monastère du Karmapa, New Delhi, le 7 février 1997.

Rencontre de Shamar Rinpoché avec le Dalaï-Lama à Washington, le 20 juin 2000

Communication de Kunzig Shamar Rinpoché concernant sa rencontre avec S.S. le Dalaï-Lama, le 20 juin 2000.

"Le 20 juin 2000, j’ai eu le privilège de rencontrer S.S. le Dalaï-Lama, à Washington DC. Je suis heureux d’avoir eu un échange franc, cordial et profond de nos différents points de vue concernant les problèmes relatifs au Karmapa.

S.S. le Dalaï-Lama m’a informé qu’il allait s’assurer qu’Orgyen Trinley n’était pas mêlé à la controverse entre Sitou Rinpoché et moi-même. Je le respecte éminemment pour cette prise de position, et je l’approuve sans réserve.

Connaissant le différent qui nous touche, Sitou Rinpoché et moi-même, S.S. le Dalaï-Lama a demandé à ce que nous tentions de nous mettre d’accord afin de développer une relation amicale. Par déférence envers S.S. et pour le bien et l’harmonie au sein de la communauté Kagyu, je suis tout à fait ouvert à cette possibilité. Depuis le début de notre discorde, je n’ai fait que répondre passivement, en essayant de me défendre des revendications, accusations et autres actions manifestement hostiles de Sitou Rinpoché. Si sa coalition cesse ses manœuvres agressives, alors le problème se dissoudra de lui-même.

En dépit d’une procédure par évidence inadéquate, et inappropriée du point de vue religieux, j’ai accepté qu’Orgyen Trinley Dorje soit l'un des Karmapa détenteur du siège du monastère de Tsurphou, au Tibet. J’ai totalement admis les raisons qui ont conduit à l’origine, Sa Sainteté à reconnaître Orgyen Trinley comme le Karmapa : le gouvernement chinois, avec la complicité de quelques lamas Kagyu, l’avait déjà fait. Si la fuite de la Chine du Karmapa Orgyen Trinley, fin 1999, avait effectivement pour véritable but de gagner sa liberté religieuse, je félicite S.S. le Dalaï-Lama et notre gouvernement en exil pour ce développement.

Lors de ma discussion avec S.S. le Dalaï-Lama, j’ai réaffirmé ma position inébranlable, quant au fait que les Karmapa et les Shamarpa ont toujours partagé de façon égale, l’autorité dans la lignée Kagyu. Dans notre désaccord avec Sitou Rinpoché, mon premier souci a été de préserver l’intégrité spirituelle et la pureté de la lignée Karma Kagyu. En accord avec le rôle historique des Shamarpa et la tradition Karma Kagyu, j’ai fait en sorte de retrouver l’authentique réincarnation du 16ème Karmapa, Rigpai Dorje. Seul le 17ème Karmapa, Thayé Dorje, est et sera toujours le Karmapa spirituel de la lignée Karma Kagyu. Le Karmapa Thayé Dorje a apporté la preuve de sa capacité à être un leader religieux d’exception, en témoignant de nombreuses qualités spirituelles. Dès son plus jeune âge, il a constamment manifesté une nature aimable et pleine de compassion. L’an passé, il a voyagé à travers le monde entier et a offert bénédictions et enseignements à un très grand nombre de personnes, qui ont pu voir en lui un bodhisattva et ont reconnu son authenticité.

Je suis très reconnaissant à S.S. le Dalaï-Lama d’avoir accepté de rencontrer le Karmapa Thayé Dorje, en 1997. Bien que cette rencontre n’ait pu avoir lieu en raison des menaces de violence des partisans de Sitou Rinpoché, j’ai profondément apprécié les bonnes dispositions de Sa Sainteté. J’ai été également très heureux d’avoir eu cette fructueuse rencontre avec S.S. le Dalaï-Lama le mois dernier à Washington, et je me réjouis de poursuivre un dialogue cordial avec lui."

Le 10 juillet 2000.

De Shamar Rinpoché à Tenzin Geyche Thethong

Secrétaire privé de Sa Sainteté le Dalaï-Lama

Dharamsala, Himachal Pradesh, Inde.

Le 29 juillet 2000

"Monsieur Tenzin G. Thethong,

Je vous remercie de votre lettre du 14 juillet 2000. J’aimerais clarifier l’apparente méprise qu’elle contient.

Lorsque j’ai rencontré S.S. le Dalaï-Lama le 3 janvier 1997, je n’ai jamais désigné Chogyé Trichen Rinpoché comme la personne possédant les instructions du 16ème Karmapa concernant sa future renaissance, le 17ème Karmapa, Thayé Dorje. Je n’ai pas non plus demandé que Thayé Dorje soit reconnu comme le Karmapa, ni fait la requête qu’il soit le détenteur du trône du "Centre Dharma Chakra" à Rumtek.

Lors de ma visite à Sa Sainteté, j'ai demandé qu’il accorde une audience au Karmapa Thayé Dorje, reconnu de façon indépendante et intronisé selon les méthodes traditionnelles Karma Kagyu. S.S. le Dalaï-Lama a accepté avec joie, mais malheureusement l’audience n’a pu avoir lieu en raison de menaces proférées par le parti de Sitou Rinpoché.

Concernant la reconnaissance du Karmapa Thayé Dorje, j’ai informé S.S. le Dalaï-Lama que j’avais commencé mon enquête sur l'enfant, suite aux indications auspicieuses rapportées par Chogyé Trichen Rinpoché. Depuis le début, j'ai constamment gardé cette position que j'ai défendue publiquement et par écrit à la "Conférence Internationale Karma Kagyu", dix mois avant ma rencontre avec S.S. le Dalaï-Lama.

Après ma visite à Sa Sainteté, j’ai de nouveau clarifié ce point. Le bureau de S.S. le Dalaï-Lama m’a adressé une lettre datée du 3 février 1997, contenant une copie de la lettre de Chogyé Trichen Rinpoché du 29 juillet 1996, envoyée au gouvernement tibétain et traitant de ce problème.

La lettre de Chogyé Trichen Rinpoché confirme bien qu’il avait des indications. Elle ne fait cependant pas référence à une requête émise par le bureau du Gouvernement tibétain en exil, concernant les instructions du 16ème Karmapa. Dans ma réponse au Gouvernement tibétain en exil, j’ai à nouveau, tenté de clarifier ce point, et j’ai affirmé que Chogyé Trichen Rinpoché n’était pas la personne possédant les instructions du 16ème Karmapa.

Lors de notre dernière rencontre le 20 juin 2000, S.S. le Dalaï-Lama a de nouveau évoqué, cette fois sans insister, que Chogyé Trichen Rinpoché était en possession des instructions du 16ème Karmapa. Par respect envers Sa Sainteté, je n’ai pas directement discuté ce sujet, mais je lui ai appris que je possédais une copie de la lettre mentionnée plus haut.

Je ne répondrai pas aux différentes questions soulevées dans votre lettre pour le moment, mais il me semble qu'il est de mon devoir de mentionner le véritable rôle de Chogyé Trichen Rinpoché, afin de clarifier la situation. Je comprends tout à fait qu’avec votre emploi du temps et vos nombreuses responsabilités, il vous soit difficile de vérifier tous ces détails. Toutefois, s'il vous était possible d'examiner les rapports précédents, la chronologie deviendra alors plus claire.

Respectueusement,

Shamar Rinpoché."