Avant-propos
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Introduction à la controverse des Karmapa
Quelques données historiques
1959 : Le Karmapa s'exile en Inde
Les difficultés au temps du 16ème Karmapa
Les années 80 à 90
Les évènements de 1992
Les évènements de mai et juin 92
Campagne de propagande
Orgyen Trinley, le Karmapa de Sitou Rinpoché
Les événements de novembre et décembre 1992 à Rumtek
Informations concernant le Sikkim
Année 93 : la situation dégénère à Rumtek
Identification du 17ème Karmapa Trinley Thayé Dorje
L’année 1994
La controverse : confrontation des points de vues
Les rapports entre Shamar Rinpoché et le Dalaï-Lama
Survol des événements des années 1994 à 1999
Année 2000
Année 2001
Chronologie des événements
Bibliographie et sources d’informations
Accès pages en anglais
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Les difficultés au temps du 16ème Karmapa

Les agissements du gouvernement tibétain

La résistance du Karmapa

La position difficile du Dalaï lama

Les rivalités entre les tulkous Kagyu

A propos de Gyathon Tulkou

Quelques précisions sur le Karmapa Charitable Trust

Quelle est la valeur de Rumtek et qui a financé ?


Les agissements du gouvernement tibétain

La ruine totale de leur pays ne fut pas suffisante pour calmer la tendance des Tibétains à se disputer. La poussière du désastre étant à peine retombée, les vieilles querelles reprirent avec l’ardeur d’antan. Le vieux régime de Lhassa, déguisé sous un nouveau nom, "le Gouvernement tibétain en exil," devint opérationnel depuis son nouveau siège de Dharamsala, dans l'Himalaya occidental, en héritant des vieilles hostilités envers les autres écoles religieuses tibétaines.

Les membres de cet illustre organisme reprirent, avec le même enthousiasme malsain, les vieux préjugés, les rivalités et les batailles du passé. Les Khampas furent considérés comme une menace particulièrement sérieuse pour l'ambition de cette nouvelle administration, tenue par les Gelugpa : celle de représenter et de diriger tous les Tibétains en exil.

En 1964, le gouvernement en exil du Dalaï-lama voulu introduire des réformes sociales, économiques et religieuses pour les Tibétains récemment expulsés. Gyalo Thondrub, l’audacieux frère du Dalaï-lama, décida que la meilleure réponse à l'invasion de Mao et la destruction de leur pays devait être d’adapter la politique tibétaine en l'exil aux nouvelles réalités communistes. Il proposa ardemment de supprimer les vieilles écoles bouddhistes, supprimer le riche apparat religieux en descendant les grands lamas de leur piédestal. "Plus de trônes, plus de rituels, plus de brocarts ni d'or" fut le nouveau mot d'ordre. Les hiérarchies spirituelles Nyingma, Kagyu, Sakya et les sous-lignées corollaires furent victimes de calomnies et de reproches. Ces mots portèrent l’effroi dans les coeurs des lamas. A mesure que les détails de ce plan complexe commençaient à apparaître, il devenait évident qu'un coup d’état était élaboré contre les trois écoles. Le nouveau corps religieux qui remplacerait les lignées traditionnelles devait être contrôlé par la hiérarchie Gelugpa. Tous les lamas, inquiets, se précipitèrent vers le Karmapa pour trouver de l'aide.

La résistance du Karmapa

Bien que Karmapa ait toujours évité avec détermination la politique tibétaine, il était une voix estimée dans les affaires de la région. Hautement honorée par les diverses nations de l'Himalaya, sa parole faisait loi auprès des Khampas, les Tibétains de la province de l'Est. Ce peuple Khampas, de naturel guerrier, ainsi qu'un certain nombre de hauts lamas, éprouvant la pression du gouvernement en exil, se rassemblèrent à ses côtés pour appui et assistance. La dernière initiative de Dharamsala de fusionner toutes les écoles dans une seule et unique lignée était une menace pour l'autonomie des écoles. Si cette fusion se faisait, cela signifiait la fin d'un grand nombre de pratiques spécifiques, que chaque lignée avait préservées, pendant des siècles, comme leur spécialité. Nullement disposé à se faire avaler par Dharamsala, les chefs de 13 grands camps tibétains - principalement du Kham - créèrent une alliance appelée " Treize camps " et choisirent le Karmapa comme leur leader spirituel. Un autre grand camp du Népal, mené par le Général Bava Yeshi, les rejoignit, devenant ainsi " Quatorze camps ". Khamtrul et Chokling Rinpochés furent nommés respectivement président et secrétaire général. Tous les hauts lamas Nyingma et Kagyu - particulièrement Sitou, Gyaltsab, Trungpa, Dhazang, Sachu, Kalu, Thrangu, Bokar et Tenga Rinpochés - suivirent le Karmapa en tant que chef de l’école Karma Kagyu sans aucune hésitation. Un pôle puissant d'opposition au Dalaï-lama et à la ligne officielle de Dharamsala s'est créé. Cette nouvelle coalition s'est battue avec succès contre l'idée de supprimer la diversité religieuse du Tibet. L'impasse continua environ une décennie jusqu'à ce que la coterie de Dharamsala abandonne officiellement ce plan en 1973. Cependant, durant les années suivantes, les Tibétains en exil continuèrent à être divisés en deux camps. Chagrinés par leur incapacité à soumettre les autres écoles, les partisans de Dharamsala projetèrent de lancer un coup mortel. Selon leurs plans, une poignée de dissidents devaient être supprimés.

Quand en 1976, Gungthang Tsultrim, le chef politique de l'alliance, a été assassiné, le meurtrier a avoué avoir agi sur l’ordre du gouvernement tibétain. Tueur à gages, il avait été payé de trois cent milles roupies (NdT : environ 50 000F ou 7 600€) par le gouvernement en exil de Dharamsala. Mais ce dernier lui avait aussi proposé une somme bien plus importante pour éliminer le 16ème Karmapa, avoua l'assassin lors de son interrogatoire par la police indienne.

Ensuite, les problèmes se sont peu à peu tassés mais cet incident a été un tournant décisif pour beaucoup de tibétains. Il devenait évident que même en exil, le gouvernement nouvellement formé avait apporté avec lui les mêmes vieilles méthodes de répression, les programmes de discorde et la persécution sectaire, semblables à ceux qui avaient cours à Lhassa. Mais le gouvernement de Dharamsala ne pouvait pardonner au Karmapa sa position inflexible dans la discussion et son défi de l'autorité du Dalaï-lama. Aussi, les Kagyus devinrent la cible d'attaques douteuses L'amitié nouvelle entre le Dalaï-lama et le Karmapa fut balayée par une hostilité résultant de la lutte de pouvoir entraînant des faits accomplis, à la suite desquels il fut impossible, de part et d'autre, de pardonner ou d’oublier.

Au vu de la position indépendante du Karmapa, les ministres de l'administration tibétaine en vinrent à regretter le changement de politique du Dalaï-lama concernant Shamarpa. Bien que la levée de du bannissement soit, en grande partie, un acte sans validité juridique — ni le Dalaï-lama, ni son gouvernement n’avaient de juridiction en Inde et Shamarpa n'avait pas à demander la permission au leader tibétain d'apparaître en public sur un sol étranger - la décision suscita un tollé. Pendant des siècles, tant le Karmapa que Shamar tulkou étaient restés des personnes impopulaires dans les cercles du pouvoir au sein du gouvernement de Lhassa. Aujourd'hui, le succès du Karmapa et la renaissance soudaine de ses principaux disciples devinrent une menace pour les buts politiques des Gelugpas. Le chef des Kagyus et son premier disciple devinrent les ennemis jurés de Dharamsala.

La position difficile du Dalaï lama

Dans cette malheureuse histoire, on s'attend à ce que le Dalaï-lama, dirigeant de tous les Tibétains, se tienne au-dessus de tels raisonnements intrigants et malsains. Avec un entourage doué d'un sérieux penchant pour la conspiration, et lui-même essayant d’accommoder toutes les parties, il avait à sa disposition seulement la réputation de son nom. Pour contrecarrer les avances des membres les moins raisonnables de son cabinet, il devait périodiquement déclarer qu’il serait la dernière incarnation de la lignée des Dalaï-Lamas. La stratégie fut efficace pour un temps, jusqu'à ce que les politiciens repartent dans leur tactique conflictuelle et continuent à conspirer contre les trois autres écoles du bouddhisme.

Les rivalités entre les tulkous Kagyu

Cependant, les heurts parmi les Tibétains ne se limitèrent malheureusement pas au harcèlement du gouvernement contre leurs rivaux. L'opposition au rétablissement du Shamarpa apparut, de lieux beaucoup plus proches que les cercles du pouvoir de Dharamsala.

Chaque tulkou au Tibet était entouré et soigné du berceau à la tombe par une suite de conseillers et de serviteurs. Génération après génération, les familles de ces entourages tenaient les mêmes fonctions autour de leur lama. Ces clans familiaux ont peu à peu grandit pour devenir finalement une véritable cour, entourant fermement leur maître. Des ambitions personnelles ont largement dépassé les limites que l'on pourrait attendre de personnes dévouées au service d'un enseignant spirituel.

Les incarnations de Karmapa et de ses disciples proches maintenaient chacune un tel entourage dont les membres ont jalousement gardé leur place dans la hiérarchie de la lignée. Quand Shamarpa et sa maisonnée ont été bannis de la scène publique, les groupes entourant d'autres éminents lamas Kagyu se sont vus monter d'un cran dans l'ordre hiérarchique.

Le retour soudain de Shamarpa a mis fin à cet état de fait. Comme il reprenait sa place comme le premier disciple du Karmapa, la suite de Sitou Rinpoché s'est vu baisser d’un cran dans le système de pouvoir. Les disciples de Gyaltsab Rinpoché étaient encore plus mécontents. Ils partageaient plusieurs bâtiments avec l'administration du Karmapa à Tsurphou, le siège principal de Sa Sainteté au Tibet et avaient intenté des procès pendant plusieurs siècles pour en contester la propriété. Maintenant, en raison de la réapparition du Shamarpa et après que le 16ème Karmapa ait inséré Jamgueun Kongtrul comme le quatrième dans la lignée, ils ont dû se contenter de la cinquième position.

De tels événements étaient de la dynamite dans les sociétés asiatiques traditionnelles. Après deux cents ans de jouissance d’un haut statut, les familles protectrices qui ont entouré Tai Sitou et Goshir Gyaltsab, n'acceptaient pas ce revers de fortune. Shamarpa se tenait sur leur chemin et le gouvernement de Dharamsala a gagné des alliés imprévus pour affronter le premier détenteur de la lignée Kagyu. Il est généralement admis que le Régents eux-mêmes étaient au dessus de ces calculs machiavéliques.

Tant que le Karmapa était vivant, il restait le chef incontesté de la lignée Kagyu. Il avait personnellement pris en charge l'éducation de beaucoup de grands tulkous Kagyu et organisé Rumtek comme un centre d'étude, de méditation et de pratique - la meilleure protection contre la disparition des enseignements. Dès l'enfance, ses quatre disciples proches ont grandi sous la surveillance du Karmapa, recevant instructions et initiations des trésors de la transmission Kagyu. L'éducation commune devait renforcer les liens entre les jeune tulkous aussi bien que forger une direction unie de la lignée pour le moment inévitable où Karmapa décéderait.

Y avait-il, à cette première étape, des signes de la rupture à venir entre Shamar et Sitou Rinpochés ? Est-ce que l’un entretenait une rancune secrète contre l'autre déjà pendant les premiers jours à Rumtek ? En réalité, bien que grandissant ensemble sous la surveillance du Karmapa, ils n’étaient pas très proches l'un de l'autre.

Le jeune Tai Sitou avait été une figure puissante au Tibet oriental dans sa vie précédente. Une fois ces éminents réfugiés établis sur le sol sikkimais, il fut immédiatement pris en charge par ce qui restait de son administration. Son entourage, appauvri par l'exode mais toujours avide, ayant peur que leur maître adolescent soit victime de l'éclat du monde moderne, lui avait offert toute sorte de confort matériel et le tenait enfermé dans ses quartiers. Dès son jeune âge, il mangeait seul, jouait seul et s’asseyait seul avec ses livres. De plus, son origine sociale était très différente de celle du Shamarpa et cela n'a pas aidé à les rapprocher. Shamarpa était d'origine aristocratique et de parenté avec la famille du Karmapa. Sitou Rinpoché était le fils d'un forgeron- une profession proche de celui de chasseur de taupe ou de boucher dans le vieux Tibet.

Cependant, bien qu'issue d'une famille fortunée, les circonstances présentes désavantageaient Shamarpa par rapport à ses pairs. Tandis que les trois tulkous avaient retrouvé leurs anciennes suites de conseillers et de serviteurs, Shamarpa, pendant ses deux cents ans d'exil officiel, avait perdu presque complètement son entourage. Cette situation lui donnait beaucoup d'indépendance et n'était pas inquiétante tant que le Karmapa était là pour le protéger. Mais une fois seul, si un conflit devait surgir - malgré sa position de disciple principal - Shamarpa était sans aucun doute plus vulnérable à une attaque politique que ses trois pairs. Les membres du cercle proche de Sitoupa avaient déjà commencé à tisser leur propre toile dans leur nouveau refuge. Ils se sont réunis ensemble avec un certain Gyathon tulkou, un lama envoyé au Sikkim quelques années auparavant par Karmapa, qui s'était maintenant opposé à la présence de Sa Sainteté dans l'enclave - et essayait, quoique sans succès, de créer sa propre base de pouvoir dans la capitale, Gangtok.

 

A propos de Gyathon Tulkou

(Extrait du "Siege of Karmapa)

Ayant fui le Tibet, alors que Sa Sainteté Karmapa s’installait à Rumtek, l’administration de Sitoupa et celle de Gyaltsab Rinpoché décidèrent de s’installer à Gangtok, la capitale du Sikkim. Le monarque du Sikkim à cette époque était Tashi Namgyal. Cet homme religieux a toujours donné son soutien aux lamas tibétains, spécialement aux maîtres de la tradition Kagyu.

Lors de l’installation de l’entourage du Gyalwa Karmapa, Gyathon Tulkou, originaire de Palpung le monastère de Sitou Rinpoché, était déjà fermement établi au Sikkim. C'est en 1954 que le 16ème Gyalwa Karmapa de son propre chef invita Gyathon Tulkou au Sikkim afin d’être le maître des rituels du roi.

En 1962, après le décès du roi, son fils Thondup Namgyal accéda au trône royal du Sikkim. Pendant ce temps, Gyathon Tulkou s’arrangea pour peser d’une influence considérable sur la famille royale et devint un proche de la reine mère. Sachant que la reine mère n’était pas favorable au Karmapa, Gyathon Tulkou et l’administration de Sitoupa se rapprochèrent d’elle afin de présenter une requête personnelle : ils voulaient que le Gyalwa Karmapa soit définitivement et pour toujours expulsé du Sikkim.

Leur motivation était très claire. Le vieux Gyathon Tulkou voulait que Sitou Rinpoché devînt le gourou du roi. Le seul obstacle à ce projet était la présence du Karmapa dans la région. Leur plan n’avait rien de nouveau car déjà un éminent lama Nyingma, feu Dudjom Rinpoché, était devenu une victime des calomnies et querelles religieuses.

Le complot qui visait à évincer le Karmapa était aussi difficile que mal avisé. Non seulement parce que le monarque et le gouvernement lui étaient dévoués, mais aussi parce que la majorité de la population du Sikkim avait foi en lui. En peu de temps, le roi, son ministre Densapa et un secrétaire influent, Trating Sherab Gyaltsen, coupèrent l’herbe sous les pieds des comploteurs, mettant un point final à cette machination.

Une foi la situation sous contrôle, l’administration de Rumtek s’occupa de calmer définitivement Gyathon Tulkou. En 1967, avant que le vieux Tulkou ne décède, il annonça publiquement qu’il serait la dernière incarnation de la lignée Gyathon. Et Sa Sainteté le Gyalwa Karmapa confirma qu’il n’y aurait plus de réincarnation. En dépit de cela, en 1983, soit deux ans après la mort du 16ème Karmapa et douze ans après la mort du dernier Gyathon, Sitou Rinpoché déclara que qu'une " nouvelle " incarnation de Gyathon avait été retrouvée. Cette prétendue incarnation était née dans la famille Martang Topden, une puissante famille du Sikkim. Ceci fut immédiatement rejeté par le Secrétaire Général de Rumtek Tobga Rinpoché.

Sur un autre front, le Sikkim fut encore une fois le témoin d’une dispute. Gyaltsab Rinpoché et son corps d’administrateurs résidaient à Gangtok. Les hôtes de Gyaltsab étaient les Lharipas, une influente famille de peintres. Cette famille devint plus tard l’une des 4 familles impliquées dans le "JAC" "Joint action Committee" (voir plus loin). L’administration de Gyaltsab Rinpoché fut impliquée dans un conflit houleux avec le père de Gyaltsab au sujet d’antiquités provenant de leur monastère au Tibet. Aussi, son père les confia à la reine mère pour les protéger contre l’administration.

C’est à ce moment-là que l’administration de Gyaltsab Rinpoché prétendit abandonner avec son animosité passée et se rapprocha du 16ème Gyalwa Karmapa. Ils lui demandèrent d’intercéder pour eux dans le conflit car ils voulaient récupérer les objets, ce à quoi le Karmapa consentit. Tandis que le conflit se poursuivait, le Karmapa emmena Gyaltsab Rinpoché à Rumtek et fourni même des chambres pour son administration. Ce n’est qu’en 1978 que la reine mère accepta de mettre fin à ce conflit sur la possession des biens. Durant cette période, Gyaltsab Rinpoché et son administration restèrent à Rumtek avec le Karmapa, ayant besoin de son soutien.

Pendant ce temps, l’administration de Sitou essayait en vain de gagner pouvoir et influence à Gangtok. Après tout, à son apogée, Sitou Rinpoché et son administration jouissaient d’un statut confortable dans la région de l’Est du Tibet. Par conséquent, son administration ne voulait pas fusionner avec celle du Gyalwa Karmapa ni être influencée par elle.

Sa Sainteté le 16ème Karmapa faisait confiance à tout le monde. Il était toujours celui le moins enclin aux conflits et était habituellement le premier à écarter le passé quand ce dernier empoisonnait les relations. Il était heureux d’offrir l’éducation aux Tulkous et jeunes moines de façon à raviver et maintenir la lignée. Telle était son intention dans sa tentative de persuader l’administration de Sitou Rinpoché de permettre à l'enfant de recevoir son éducation au monastère de Rumtek. Finalement, cette dernière accepta, imposant clairement ses conditions : la résidence de Sitou, les cuisines et les communs devaient être distincts de celles du monastère de Rumtek. L’entourage de Sitou Rinpoché considéra cette offre comme satisfaisante. Après tout, Sitou Rinpoché, lui-même un lama de haut rang dans la lignée Kagyu, allait recevoir les enseignements du Gyalwa Karmapa. Ceci ne pouvait être que bénéfique à Sitou Rinpoché et à son administration.

À cette époque, Shamar et Jamgueun Kongtrul Rinpoché vivaient déjà à Rumtek. Il n’y avait aucun conflit entre ces deux lamas et le Gyalwa Karmapa.

 

Quelques précisions sur le Karmapa Charitable Trust

Un groupe de réfugiés, venant du Tibet, avait rassemblé une somme d’environ 251 000 Roupies (NdT : environ 42 000F ou 6 400€). Cette somme a formé le capital du Karmapa Charitable Trust en 1961. Il a été stipulé que la rente, le revenu ou n'importe quel bénéfice devait être utilisé au profit des disciples du Karmapa. Le Sikkim était alors indépendant de l'Inde. Aussi, l'acte de fondation du Trust a été signé au bureau de l'officier politique pour l'Inde à Gangtok au Sikkim. A cette époque, le siège social du Trust était : 142, Rashbehari Avenue, Calcutta (Inde), qui était aussi la résidence d'Ashok Chand Burman, un industriel indien et proche confident du 16ème Karmapa. Burman a aussi été nommé comme un des futurs administrateurs du Trust par le 16ème Karmapa.

Le 16ème Karmapa était l'administrateur unique. L'acte du Trust mentionnait de manière spécifique :

" Je déclare par la présente qu'en cas du mahanirvana (la mort) de l'administrateur, c'est-à-dire Sa Sainteté le16ème Gyalwa Karmapa, comme il est exposé ci-dessus, son successeur en fonction, c'est-à-dire Sa Sainteté le 17ème Karmapa, deviendra l'administrateur. Pendant la période intervenant entre le mahanirvana du 16ème Karmapa et la réincarnation du 17ème Karmapa et jusqu'au temps où Sa Sainteté le 17ème Karmapa atteigne l'âge de 21 ans, les sept personnes nommées ci-dessous seront les représentants légaux et les administrateurs pour la gestion du Karmapa Charitable Trust avec tout le pouvoir des administrateurs comme investi selon cet acte de fondation - sauf en cas de leur décès ou de refus d'être administrateur, alors remplacés par leurs héritiers ou leurs successeurs en fonction, selon le cas et comme prévu ci-après -".

Les sept personnes du Trust étaient : (1)Rai Bahadur Tashi Dadul Densapa, (2)Ashok Chand Burman, (3)Gyan Jyoti Kansakar, (4)Sherab Gyaltshen, (5)Dhamchoe Youngdu, (6)Jewon Takpoo Yugyal (Tobga Rinpoché) et (7)Gyonpu Namgyal.

L’acte de fondation indiquait plus loin : " Il est également prévu qu'en cas de décès de n'importe lequel des administrateurs No 1 à 4 - qui ait été nommé avant la mort ou après le mahanirvana de Sa Sainteté, c'est-à-dire 16ème Karmapa et avant que le 17ème Karmapa soit réincarné et etait atteint l'âge de 21 ans - leurs héritiers masculins légaux par le principe de la primogéniture deviendront héréditairement les administrateurs en place des administrateurs décédés "…

" Il est également déclaré par la présente qu’en cas de décès de n'importe quel administrateur nommé de numéro 5 à 7 avant ou après le mahanirvana du 16ème Karmapa et (…) tant que Sa Sainteté le 17ème Karmapa n’ait repris en charge le "Karmapa Charitable Trust" à l'âge de 21 ans, les membres de l’école Kagyu éliront le ou les membres de leur école pour pourvoir au poste vacant (parmi les administrateurs numéro 5 à 7) et pour agir comme administrateurs en place des administrateurs décédés ".

Rai Bahadur Tashi Dadul Densapa a été remplacé par son fils Jigdral Tashi Densapa (celui-ci a démissionné mais sa lettre de démission n'a pas été acceptée),

Ashok Chand Burman a démissionné, Shamar Rinpoché a été choisi par les autres administrateurs pour le remplacer;

Gyan Jyoti vit au Népal

Sherab Gyaltshen vit à Gangtok.

Après la mort de Dhamchoe Youngdu en décembre 1982, Jamgueun Kongtrul Rinpoché a été choisi par les autres administrateurs pour le remplacer;

En 1993, Jamgueun Kongtrul s’est tué dans un accident.

Jewon Takpoo Yugyal (Tobga Rinpoché), le neveu du 16ème Karmapa et Secrétaire général de l'administration de Rumtek aussi bien que du Trust est mort en 1997.

Gyonpu Namgyal est mort et remplacé par Sitou Rinpoché.

La présente composition du Trust est : Gyan Jyoti Kansakar (Népal), Sherab Gyaltshen (Gangtok), Shamar Rinpoché et Sitou Rinpoché. Trois sièges (numéro 5 à 7) sont vides.

À présent, Sitou Rinpoché est interdit de séjour au Sikkim , de Darjeeling et de l'Ouest Bengale tandis que le gouvernement du Sikkim a imposé des restrictions aux visites de Shamar Rinpoché au monastère de Rumtek.

Tobga Rinpoché a admis en 1996 que pendant la vie du 16ème Karmapa et pendant les années immédiates après sa mort, le Karmapa Charitable Trust est resté inactif et largement oublié. Le Karmapa était l'administrateur unique. Donc, il n'y avait aucun besoin d'activer le Trust.

C'est seulement après la mort de Dhamchoe Youngdu, le vieux Secrétaire général, en 1983, et avec la crise financière apparaissant à Rumtek que la nouvelle administration a ressorti les documents correspondants, et le conseil à sept membres du Trust, selon l'acte de fondation, s'est réactivé.

En avril 1984, la première réunion du Trust après la mort du 16ème Karmapa s’est tenue au monastère de Rumtek qui a entériné le fait que les affaires du monastère de Rumtek devaient être conduites suivant les règles du Karmapa Charitable Trust.

Généralement, les administrateurs devaient se rencontrer deux fois par an. Les fonds étaient apportés généreusement par Shamar Rinpoché. Lui et Jamgueun Kongtrul Rinpoché ont contribué énormément à accomplir les voeux du 16ème Karmapa. Pendant la même période, Sitou et Gyaltsab Rinpochés se sont consacrés à construire leurs propres monastères.

Quelle est la valeur de Rumtek et qui a financé ?

Dans une lettre adressée en juin 99 au " Chief Minister " du Sikkim, Pawan Chamling Kumar, Shamarpa fait la liste des biens appartenant à Rumtek en mentionnant qui les a financés. (…) Extraits :

Le monastère principal : construit par le 16ème Karmapa au début des années 1960 ensemble avec les nouveaux logements des moines, construit avec la donation faite par Tobga Rinpoché (Roupies. 1.5 millions) (NdT : environ 250 000F ou 38 000€), moi-même (Roupies. 800 000) (NdT : environ 125 000F ou 19 000€) et une fondation bouddhiste allemande (DM 40,000) (NdT : environ 136 000F ou 20 000€)dont je suis le président.

2. Le centre de retraite Drubdra construit par Tobga Rinpoché et sa femme Ashi Chokyi.

3. Le bâtiment de deux étages constitué d'une cuisine, d’un réfectoire et dortoirs construit par moi-même au début des années 1980.

4. Le Shedra à plusieurs étages et dortoir construit par l’ancien Secrétaire général Damcho Yongdu en 1982 sous les instructions du 16ème Karmapa, un an avant sa mort.

5. Le nouveau Shedra qui situé dans le jardin d'été du 16ème Karmapa construit par feu Jamgueun Kongtrul Rinpoché dans les années 1980.

6. La résidence privée du 16ème Karmapa.

7. L'école des moines jeunes construite à l'extérieur de la porte principale par Jamgueun Kongtrul Rinpoché.

8. La guest house le Déleg Tashi et le Déleg Kunga à l'extérieur du monastère.

9. L'hôpital situé à un kilomètre du monastère et qui a été construit par une fondation suisse établie par Ven. Lama Teunzang de France;

Un couvent de nonnes financé par une femme américaine de Seattle.

10. Quelques objets sacrés importants qui incluent : I) une statue de Bouddha d'or, une statue de Manjushri et une statue d'argile du 16ème Karmapa, tous situés dans le nouveau shedra et commandités par Jamgueun Rinpoché ; II) une statue de Bouddha d'or dans le temple principal commanditée par moi-même en 1992; et III) stupa d'or qui contient les reliques du 16ème Karmapa commanditée par l’ancien secrétaire général. (…)

Shamarpa ajoute (dans le cadre de la situation générale en 99) : Vous noterez que dans la liste ci-dessus, il n’est nul part fait mention des noms de Gyaltsab Rinpoché ou de Tai Sitoupa. Ils n’ont jamais construit ou développés quoi que ce soit à Rumtek."